De l’informatique et de la typographie du français…

Œ

Si l’époque où je faisais de la mise en page est bien lointaine, j’ai gardé une certaine affection pour le graphisme, que ce soit la mise en page ou la typographie. De ce fait, j’essaye d’écrire en utilisant une typographie vaguement correcte. Cela veut dire accentuer les majuscules, utiliser les guillemets français («») et la ligature oe (œ).

Dans ce blog, j’ai commencé à insérer une espace non-sécable (Unicode x202F) devant les signes de ponctuation. Malheureusement ce caractère n’est pas supporté par les browsers. Vu que le comportement par défaut est d’ignorer les entités html non reconnues, son utilisation reste appropriée, l’apparence deviendra plus correcte une fois que le caractère sera supporté.

L’idée qu’il ne faut pas accentuer les majuscules est une idée très répandue parmi les francophones. L’utilisation de majuscules non accentuées est techniquement tolérée lorsque les limitations techniques rendent l’accentuation impossible. Cette justification n’a plus lieu d’être au XXIe siècle, mais la limitation d’une génération est devenue la règle de la suivante.

Même si la domination anglo-saxonne en informatique explique partiellement les lacunes techniques pour la gestion du français, cette langue n’est malheureusement pas toujours défendue au mieux par ses représentants. Ainsi l’article «ISO Latin-1, norme de codage des caractères européens ? trois caractères français en sont absents ! » explique pourquoi certains caractères en usage en français ne sont pas présent dans le bloc de caractère ouest-européens:

C’est D. de Bull, qui représentait l’AFNOR au sein du GT3 en 1987… c’est au sein du GT que le travail se fait réellement. Si on attend les votes au niveau du SC, il est trop tard. Au sein du GT3, H. un francophone polyglotte a déclaré que l’œ n’était qu’une vulgaire convention typographique… Je n’étais pas là à l’époque, je suis arrivé peu de temps après l’adoption mais tous m’ont confirmé cela.
D., sans consulter aucun Français autre que les gens de sa boîte (dont j’ai su qu’ils avaient pris une décision d’équipe uniquement parce que les imprimantes de Bull ne produisaient ni œ ni Œ), ont appuyé H. …
Le Canada – alors représenté par Y. un anglophone qui n’avait pas d’autre argument à présenter que de dire que le Canada tenait au œ – a vivement protesté en disant que c’était un besoin. Mais c’était peine perdue, les deux francophones influents du GT3 affirmaient tous deux que cela n’était pas nécessaire et que la ligature pouvait à la rigueur être produite par un caractère de commande 14 de l’ISO 6429 que le GT3 venait de produire… Plus tard (1988), j’ai produit une contribution, en français et en anglais, démontrant que l’œ servait à des fins orthographiques et ne pouvait être employé au gré de la fantaisie de tout un chacun. Bien que H. ait alors affirmé publiquement que c’était la première démonstration intelligente qu’il voyait à cet effet cela n’a rien changé au fait que la norme avait déjà été publiée.

J’ai trouvé une des conclusions très intéressantes:

… finalement, on se rend compte que si l’Académie française est responsable du devenir du vocabulaire français, que si que les divers ministères et organismes chargés de la francophonie ont nommé diverses commissions pour le suivi de l’emploi du français, aucun organisme officiel n’existe, regroupant typographes, correcteurs, linguistes, etc., qui soit en charge de suivre l’évolution de la typographie francophone ; c’est sur ces mots que Louis Guéry aussi termine l’introduction de son Dictionnaire des règles typographiques.

Un des symptômes de cet état de fait est que pour les questions typographiques et de mise en page web, je ne me réfère pas à une page officielle, mais celle d’une communauté online, en ignorant une bonne partie des recommandations techniques qui sont datées ou à mon avis erronées.

7 thoughts on “De l’informatique et de la typographie du français…”

  1. J’abonde et je fais de même, sauf pour l’espace insécable, par fainéantise technique : comment les fait-on sous Linux/Mac/Windows (ça doit se trouver), et comment vérifier que ledit espace est bien là, puisque par définition il n’est pas visible ? Je connais peu d’outils hors Word à l‘afficher, et pas Kompozer, Dotclear ou Thunderbird, où je tape l’essentiel de ma prose…

  2. Je suis de la vieille école, donc je tape mon html à la main dans wordpress, donc j’insère simplement   dans mon texte, ce n’est pas super lisible, mais j’insère souvent des tirets de césure optionnelle (­), donc bon…

  3. Merci, je ne connaissais pas la raison pour laquelle le “œ” ne se trouvait pas dans la norme ISO-8859-1, c’est assez affligeant en fait…
    Un espace insécable très bien géré par les navigateurs : utiliser l’entité “ ” (non-breaking space).

  4. “Si l’époque ou je faisait de la mise en page”…

    Tsss tssss

  5. Bonjour, j’ai trouvé deux fautes d’orthographe dans votre article: “je FAISAIT” (comme Sicestrond) ainsi que ” insérer UNE espace non-sécable”… et Thias aussi a fait une faute: “quand au” s’écrit en fait “quant au”.
    :)

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