De la disparition du PC

Un sujet de discussion récurrent que je semble avoir ces temps concerne la disparition des PC. L’avènement des smart-phones et de notebooks font que certains ont prédit la disparition des PC. Naturellement d’autres ont prédit avec véhémence que cela n’arriverait pas. Ce qui m’a frappé c’est que c’est un sujet qui semble assez chargé du point de vue émotionnel, principalement, je pense, parce que ce phénomène marque la fin d’une époque.

Un des problèmes de cette discussion, c’est que la notion de PC est assez floue. Les PC tels qu’ils avaient été conçu il y a un quart de siècle par IBM ont bel et bien disparu, remplacés par leur descendants. L’ironie suprême étant qu’IBM ne fabrique plus de PC. Quand les gens parlent de PC ils ont en tête les machines qui ont hérité des tâches et de certaines caractéristiques de cet ancêtre : un clavier, un écran graphique propre, un dispositif de pointage, un processeur 8086, un système d’exploitation de Microsoft, un bus d’extension interne standardisé.

Est-ce qu’il y aura à l’avenir des machines avec ce genre de caractéristiques ? Très certainement, mais il faut aussi voir que les attentes de ce que doit avoir un PC changent. Il n’y a pas si longtemps, un PC sans lecteur de disquette était inconcevable. Peu à peu toute la connectique qui définissait un PC original a disparu (ISA, PS/2, RS232, VGA) autant d’acronymes partis vers les musées. La notion d’extension interne est en train de disparaître, l’architecture 8086 ne cesse de changer, et beaucoup de PC ne tournent plus sous Windows, mais pour peu qu’on ait une définition un peu élastique il y a aura encore des PC pour longtemps…

Alors pourquoi affirmer qu’ils vont disparaître. Mon opinion est que les PC vont suivre le même chemin que les mini-ordinateurs. Il fut un temps où l’informatique personnelle était appelée micro-informatique, car ces ordinateurs (dont le PC) étaient encore plus petits que les mini-ordinateurs, des machine de grosse taille utilisées par les entreprises. Les mini-ordinateurs n’ont pas à proprement parler disparu : IBM vend encore et toujours des AS/400. S’ils existent encore, les mini-ordinateurs n’ont plus qu’une influence et une importance mineure dans le monde informatique. Une grande partie des tâches associées à une époque au mini-ordinateurs sont à présent faites avec des machines différentes, et les mini-ordinateurs ne sont utilisés que pour certaines tâches spécialisées. Je pense que c’est ce qui va arriver aux PC.

On peut très bien dire que les remplaçants des PC seront des PC spéciaux, mais cela me semble aussi utile que définir les oiseaux comme des dinosaures à plumes. Donc je préfère m’intéresser aux caractéristiques que n’ont pas les PC, mais qu’auront les ordinateurs de demain, appelons les pico-ordinateurs.

Portabilité

Le laptop qui était au début un complément, un parent pauvre du desktop, le remplace peu à peu. Pour travailler, je n’ai plus de desktop, juste un laptop que je branche à un écran, un clavier et une souris. Le gros avantage de desktop sur les laptop étaient au niveau de la puissance de calcul, mais cet avantage s’amenuise. La fréquence des processeurs n’augmente plus beaucoup, et les gains en puissance se font en ajoutant des unités parallèle ou spécialisées. Nous sommes donc arrivés à un moment où les programmes écrits de manière traditionnelle fonctionnent aussi bien (ou aussi mal, c’est selon) sur un laptop que sur un desktop. Même les ordinateurs qui ne sont pas à proprement mobiles deviennent moins encombrants, plus transportables ; on a abandonné les écrans CRT, et de plus en plus l’unité centrale est intégrée à l’écran, ou bien une toute petite boîte qui se cache et se déplace d’une pièce à l’autre sans avoir besoin d’un chariot à roulettes. Le concept d’ordinateur qui ne bouge pas deviendra l’exception plutôt que la norme.

Multiplicité

Comme son nom l’indique, un PC est un ordinateur personnel. On ne peut pas raisonnablement utiliser un PC à plusieurs en même temps. La gestion d’utilisateurs multiples a été ajoutée assez tard à Windows, et culturellement les gens ne prêtent pas leur PC. À l’opposé, un PC est conçu comme un appareil très versatile, avec l’idée sous-jacente que les gens n’en possèdent qu’un seul. C’est la force du PC, mais aussi sa faiblesse, vu que l’appareil est de fait un compromis entre différentes utilisations.

Les gens disposent de plus en plus d’ordinateurs. J’ai chez moi une douzaine d’appareils dotés d’un processeur et d’une interface réseau. Seuls deux peuvent être considéré comme des PC. Tous ces pico-ordinateurs sont moins versatiles qu’un PC, mais chacun à sa manière supérieurs à mes PC : le NAS a plus de capacité disque, l’amplificateur plus de puissance, la TV un plus grand écran. Si historiquement le PC avait un rôle de médiateur, l’émergence de standards fait que ce rôle tend à disparaître, ma TV peut lire directement les photos de mon appareil numérique, l’imprimante peut les imprimer, je peux connecter mon clavier à ma console de jeux.

Entrée-Sorties

Les variantes de système de fenêtrage présent sur tous les PC sont conçus pour des dispositifs d’entrée sortie précis: un pointeur et un clavier. Si ce système est raisonnablement bon pour certaines tâches, il souffre de certains défauts (le clavier est conçus pour être utilisé à deux mains, et la souris avec une troisième), mais surtout le système de pointeur implique qu’on ne peut pointer qu’une seule entité. Récemment il y a eu une explosion de nouveaux systèmes d’entrées, touch-pads capables de détecter plusieurs doigts, senseurs de mouvement, caméras. Si ces améliorations peuvent être adaptées au vieux système, celui-ci commence à montrer ses limites.

Si je fais l’inventaire des dispositifs d’entrée dispersés dans mon appartement j’arrive à ceci:

  • Clavier
  • Souris
  • Manette de jeu
  • Caméra
  • Micro
  • Scanner
  • Appareil photos
  • Touch-pads
  • Senseur de mouvement
  • Senseur de lumière
  • Thermomètres
  • GPS
  • Manettes de jeu
  • Télécommande
  • Guitare

Si au niveau connectique, un PC pourrait lire la majorité de ces senseurs, le système d’exploitation du PC ne peut pas faire grand chose d’intelligent avec ces entrées. Certains de ces senseurs sont avec moi la majorité du temps, une partie est associée à l’appartement. Vouloir organiser tout ce petit monde autours du PC a autant de sens que l’idée à l’époque de centraliser les PC autours d’un mini-ordinateur, ou d’un serveur.

Beaucoup de gens qui ont un PC aujourd’hui n’en utilisent pas toute la fonctionnalité, pour écrire des e-mails, quelques lettres et surfer sur le web, un clavier connecté à un écran de télévision, suffit. Pour d’autres tâches, comme programmer, écrire beaucoup, probablement qu’un descendant direct du PC continuera à être l’outil de référence, mais les évolutions de cet outil seront largement déterminées par des développements extérieurs. Cela a déjà commencé : pas mal d’ajouts à la dernière version d’OS X sont en fait issues du système des iPhones et qui ont été back-ported sur l’OS desktop. De même les nouvelles version du standard HTML incluent une API de géo-localisation (qui a surtout un sens sur les appareils portables), des éléments de formulaires spécialisés (nécessaires avec un clavier virtuel).

3 thoughts on “De la disparition du PC

  1. Ce qui me pose problème dans cette discussion, c’est que tu réclame une définition précise de ce qu’est un pc, et que tu change le contexte au fur et à mesure de la démonstration. Evidemment, on butte sur de méchants problèmes de définition. Je te dis “le pc ne changera pas”, et tu me rétorque “non ! il sera remplacé par la station de travail !”, alors forcément, ça complique. Mais ce qui fait l’existence du pc, c’est son utilisation et l’image qu’on en a. Clairement, d’un point de vue image, un iPad n’est pas un PC (c’est un ipad), et un téléphone n’est pas non plus un pc même si on peut ouvrir une console ssh sur un téléphone et téléphone avec un pc, et que certains téléphones sont désormais dotés de souris (à comprendre comme “dispositif de pointage générique”) et/ou de claviers. Ce que je prétends et que j’essaie d’expliquer, c’est que si on n’a pas de raison de changer ni l’utilisation ni l’équipement, on appellera ça un pc et pas une workstation. Donc, ergo, le pc ne disparaitra pas.

    Maintenant en partant de l’autre coté. Quelles sont les utilisations que tu fais d’un pc ? Est-ce que ces utilisations vont disparaitre ? Est-ce qu’elles vont forcément toutes migrer vers d’autres supports électroniques ? Si le seul usage imaginé est purement consultatoire, clairement, la forme actuelle n’est pas adaptée. Mais en dehors de ça ?

    Et maintenant si je reviens à la question de l’équipement, aka définir ce qu’est un pc en partant des éléments qui le composent. Et bien je dirais que c’est un peu comme définir ce qu’est une cuisine. Clairement il y a des cuisines qui sont également des lieux de vie, et d’autres qui sont des navires complexes exploités par des professionnels. Les pc, c’est pareil. Le petit netbook et le gros serveur 5U partagent le même génôme architectural, et un netbook à base ARM plutôt que Intel sera aussi appelé un pc, par abus de langage et parce que ses utilisations seront similaire. Au lieu d’avoir une cuisine, on aura un laboratoire de boulangerie, par exemple.

    Alors je peux me tromper, mais je ne pense pas non plus que les machines toutes faites et complètement scellés remplaceront la versatilité du modèle du pc actuel. Tous ces équipements occupent des écosystèmes voisins et différents, et il faut uniquement s’assurer que la communication reste possible entre ces écosystèmes pour que l’ensemble de tous ces gizmos devienne un tout. Ce que fait Apple, de manière assez contradictoire : tous les produits Apple constituent à eux seuls un écosystème, une applesphere, mais excluent absolument tous les équipements et logiciels similaires mais non tamponnés Jobs-compliant.

    Alors ajouter un élément dans l’applesphere et dire que ça rend le pc “irrelevant”, c’est du foutage de gueule. Dans l’applesphere, le pc est déjà irrelevant, et depuis un moment.

    Bref, il est tard et je suis un peu fatigué, mes arguments sont à interpréter en ombre chinoises et en détourant les omissions et les filigranes

  2. Je ne pense pas que l’iPad soit plus ou moins une révolution que le Nabaztag.
    Je vois en tout cas ces nouvelles utilisations:
    • la tablette de salon: permet de lire des trucs, contrôler la chaîne hifi, la maison et le tricorder
    • le tricorder de star wars: communicateur qui fait aussi détecteur de choses, scanner (comme les livreurs DHL).
    • l’écran mural: télévision, vidéo, système de vidéo-conférence.
    • Peut-être la table de jeu de Microsoft
    • Peut-être un jouet genre Aibo.
    En gros, je pense que le PC retournera dans le bureau. Les autres pièces de la maison auront d’autres pico-ordinateurs, plus spécialisés.

    Je pense que le fait que ces bidules auront du hardware et du software en commun avec les PC aura culturellement le même impact que le fait que les PC actuels tournent un descendant d’un OS conçu pour des mini-ordinateurs (VMS).

  3. Ok, comme ça je peux comprendre.

    Assez curieusement, au niveau professionnel, dans les salles de serveurs, on voit aussi le grand retour de l’équipement spécialisé. En général un pc Intel dans un boitier sur mesure (Google Mini et autres) mais aussi de l’électronique spécifique (des ASIC ou de la FPGA) montée sur le bus PCI de cartes mères pc plus traditionnelles.

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