Branche féminine, branche masculine

Étagères en bois

À l’école, à Genève, dans les années 80, j’ai eu des cours de travaux manuels, couture, cuisine, mais aussi travail du bois. Si les deux premières branches étaient clairement ménagères, le travail du bois était pratique. Je ne souviens plus des titres des cours, mais il était clairement entendu que les premières étaient féminines, et la seconde masculine – il y avait aussi un cours du travail du métal, je crois que c’était l’alternative en option au travail du bois.

Avec le recul, ce qui me frappe, c’est que les cours de couture et de cuisine ont eu une application dans ma vie. Je ne suis devenu ni cuisinier, ni couturier, mais les connaissances que j’ai acquise ont servi de base à ce que j’ai fait plus tard. J’ai appris à faire de la pâte, enfiler une aiguille, utiliser un four ou une machine à coudre. Il y a une continuité entre l’apprentissage et la pratique plus tard – j’ai eu un ménage

Pour le cours du travail sur bois, cela plutôt été l’inverse : il y a une rupture complète entre ce cours, j’aidais souvent mon père qui bricolait souvent avec du bois, et autant le cours de cuisine correspondait à ce qu’on pouvait faire dans la cuisine à la maison, autant ce cours était à propos d’autre chose que ce je faisais avec mon père. Le problème n’était pas que l’enseignant ne connaissait pas la matière, le problème c’est qu’il voulait nous apprendre à faire les choses juste, i.e. comme l’aurait fait un ébéniste professionnel, pas une vis, pas un boulon, du sérieux quoi.

Non seulement ce cours ne m’a servi à rien, mais il m’a bloqué : il m’a fallu un bon moment pour accepter que cet enseignement n’avait aucune valeur de référence. Fabriquer une étagère avec des vis est valide, et infiniment plus utile que d’essayer de faire un chauffe plat avec une découpe complexe. J’ai donc dû me ré-approprier la matière, et décider que cet enseignement n’avait aucune valeur, car il me m’était pas réellement destiné.

J’ai construit de nombreuses choses en bois, depuis, des meubles surtout, j’ai restauré des coffres en bois, ce genre de choses. Je n’ai jamais utilisé de vrai bois (trop cher), j’ai pratiquement toujours utilisé de la visserie, j’ai détourné des meubles en kit du commerce, je n’ai jamais eu besoin de tenons et mortaises, je n’ai jamais eu accès à un tour, je n’ai que rarement utilisé du fond dur, et j’utilise surtout des vernis acryliques. Bref, je construit des choses sans me casser la tête…

Si ce cours n’avait pas été un cours masculin, avec ses ambitions professionnelles et son fond réactionnaire, mais quelque chose de plus ménager il m’aurait été bien plus utile.

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