Références croisées…

The Great Library of Alexandria – O. Von Corven

Si le web est devenu très présent dans la vie de tous les jours, la manière dont les gens l’appréhendent est assez variable, chacun ayant son propre modèle de la chose, ses propres métaphores. Un aspect très présent dans l’esprit des gens, semble-t-il, est la notion de lieu : le web est un réseau de site qui sont autant d’endroits. Comme toute métaphore, c’est une aide, mais aussi un handicap : il est difficile de la dépasser, de s’en affranchir. Or la distance qui sépare deux pages de sites distincts est exactement la même que celle qui sépare deux pages au même endroit : un clic.

Des expression comme rassembler, mettre au même endroit ne désignent pas des actions dont l’effet est escompté: mettre deux choses sur le même site ne garantit pas qu’elles soient plus proches l’une de l’autre, ou plutôt elles ne seront plus proches que pour l’auteur ou l’éditeur (pour peu que cette notion est un sens sur internet). Pour le lecteur, la seule mesure de distance entre deux pages web est le laps de temps pour charger la nouvelle page après un clic sur l’ancienne. Pour peu que ce ce serveur soit lent ou mal desservi en bande passante, ses pages ne seront pas plus proches les unes des autres, elles seront simplement toutes loin de tout.

Naturellement, sur le web, on peut rassembler sans déplacer, simplement en créant une liste de références, en créant un index. C’est la manière naturelle d’agir sur le web, c’est aussi un travail de tâcheron, titanesque vu l’échelle du web, et qui est de nos jours l’apanage soit d’algorithmes, soit de projets de crowd-sourcing. Pour peu qu’on fasse plus que simplement rassembler des liens avec un titre, qu’on se retrouve à faire des fiches, des critiques, on écrit soit même, et la question de savoir où seront ces textes est de nouveau celle de départ.

En général, quand une personne parle de rassembler sur le web, elle ne veut pas simplement créer des références croisées, elle veut les déplacer sur le même système logique, la même plateforme, le même site. Ce rassemblement implique fondamentalement deux choses : une unité d’apparence, et une unité de contrôle. Cette unité peut-être une excellente chose, la wikipedia offre une gigantesque quantité de données avec une apparence raisonnablement unifiée. Le contrôle est redistribué à la communauté avec un but et des règles raisonnablement claires.

Il existe de nombreux wiki spécialisés qui suivent plus ou moins le même modèle. La majorité périclite et se meurt lentement dans les recoins du web, peu à peu détruite par la lie du réseau. Pour survivre, un wiki ou tout autre plateforme collaborative doit avoir des collaborateurs qui sont prêts à lâcher le contrôle de leur contributions et à se soumettre à l’une ou l’autre règle éditoriale. Souvent ces règles ne sont même pas clairement définies, voir implicitement réduites aux envies et la personnalité du gérant des lieux ; tyrannie de roitelet. Un avantage à rassembler beaucoup de données sur une plateforme est la synergie, connecter les informations de manière à ce que le résultat est plus que la somme des parties, c’est possible mais cela implique un corpus raisonnable, une vision d’ensemble, et un sérieux travail technique. Les synergies, ça ne tombe pas du ciel.

En fin de compte, le gérant d’une plate-forme est simplement un éditeur, dans un monde où les éditeurs sont en surabondance et les auteurs rares, j’ai un myriade de plate-formes à ma disposition pour mes contenus, mais elles sont toute en compétition avec ce simple blog. Lorsque mettre mes contenus sur une autre plateforme est une trivialité, et que le résultat est positif en terme de satisfaction personnelle ou de retours, je le fais, mes cartes sont sur deviant art, mes scénarios sur la scenariotheque, qui sont toujours actifs. Tous les wiki auxquels j’ai contribué ont périclité : celui de Tigres Volants est mort, celui de Rêve de Dragon, l’Oniropædia n’est utilisé plus utilisé que par son auteur.

Lorsque quelqu’un demande, lors de l’apparition d’un nouveau wiki, pourquoi son auteur n’utilise pas une plateforme existante, que ce soit la wikipedia ou une plateforme de lecture comme good-reads, cela n’est pas une insulte, cela peut être une manière simple et polie de demander pourquoi devrais-je vous donner le contrôle de mes contenus, qu’offrez vous de plus que cette plateforme ? Souvent, il n’y a pas de réponse à cette question…

Image : The Great Library of Alexandria par O. Von Corven, domaine public.

One thought on “Références croisées…”

  1. Même si je t’accorde qu’il n’était plus très vivant depuis un moment, la mort de la Tivipédia est, je l’espère, temporaire, le temps de mettre en place un MediaWiki sur le nouveau site.

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