La cybernétique

Que sais-je?&#13la Cybernétique
Louis Couffignal
Le point des connaissances actuelles
Presses Universitaires de France

Alors que je bricolais sur mon Commodore 64, quelqu’un m’a offert le livre La Cybernétique, un livre de la collection que sais-je, écrit par . À l’époque je l’avais trouvé complètement illisible et sans rapport avec l’informatique. Le livre a fini dans une étagère, oublié, puis dans un carton, et une nouvelle étagère. Je suis retombé dessus par hasard un samedi pluvieux.

Ce livre est la cinquième édition d’un livre écrit en 1963 pour les Presses Universitaires de France, il présente le domaine de la cybernétique, largement basé sur les travaux de Norbert Wiener, définit comme la science des analogies maîtrisées entre organismes et machines. On peut difficilement dire que cette branche soit très influente, j’ai réussi à faire un doctorat en informatique sans jamais en entendre parler. J’ai donc entrepris de lire ce texte, partant de l’idée naïve que je serais plus à même de comprendre ce texte, et sachant qu’exactement un demi-siècle me sépare de la première édition.

La Cybernétique

Que sais-je n°638, 128 pages
Presses Universitaires de France
Dépot Légal : 1963
5e édition, 1er trimestre 1978

Après avoir terminé la lecture, je dirais que la cybernétique devait être une des ces théories pour en finir avec les théories, avec congrès international et symposiums. La branche qui explique comment sont structurées les choses qui marchent et comment les faire marcher mieux, depuis les créatures vivantes jusqu’aux sociétés complètes, un peu l’idée sous-jacente de Treize à la douzaine, en moins amusant.

Dire que ce livre a mal vieilli est un doux euphémisme : beaucoup de mots, de définitions, quelques exemples des sciences phagocytées par la cybernétique, mais en fin de compte, tout semble se réduire à l’idée de rétroaction, l’exemple du régulateur à boules est cité plusieurs fois dans le livre, même l’enseignement peut-être optimisé en ayant un professeur qui glose et des machines à enseigner.

Si le livre parle beaucoup d’information, aucune mention n’est faite du théorème d’échantillonnage de Nyquist-Shannon, pourtant publié en 1949 et de la théorie de l’information en général. D’une manière générale, pour un ouvrage traitant de technologie, il est plutôt à la traine, la majorité des exemples sont mécaniques, les machines à compter sont celle de Pascal, décimales, bien sûr – ce qui n’est pas réellement surprenant, l’auteur était le directeur du Laboratoire de Calcul Mécanique de l’Institut Blaise Pascal. L’amplificateur ultime est le tube, alors que les transistors MOS existent depuis 1960.

En termes d’outils mentaux, le livre est aussi très pauvre: il est truffé d’analogies avec des systèmes mécaniques ou animaux d’échelles différentes, mais il n’y a aucune mise en abime, aucune définition claire de niveau, de récursion, de modules, de composants. De même le chapitre sur l’encodage de l’information définit assez maladroitement l’encodage en porteuse et jeux de symboles, sans penser un instant à des encodages plus complexes, récursifs. La partie la plus intéressante est la présentation des systèmes de classification, qui semblent être les ancêtres des systèmes de programmation objet d’aujourd’hui, y compris les mauvaises idées qui ont contribué à tant d’abus.

La branche de la cybernétique semble avoir largement disparu, ce qui est probablement une bonne chose. Si elle a peut-être contribué à avancer l’idée qu’une cellule, un humain, une machine et la société sont tous des mécaniques d’un certain type, la majorité des idées présentées sont non seulement obsolètes, mais clairement fausses à la lumière des progrès en psychologie, en informatique et en biologie.

La seule vertu de ce livre est de donner une idée de la vision de la technologie de l’époque, et même s’il a été écrit à mi-chemin entre la mort de la reine victoria et le temps présent, c’est à mon avis un bon proxy pour une vision steampunk de l’univers.

2 thoughts on “La cybernétique”

  1. Grâce à toi je saurai maintenant qui a donné son nom à ce gigantesque lycée de Strasbourg devant lequel je passe régulièrement.

    Couffignal est mort avant même l’invention de la souris, on ne peut s’étonner que ce soit dépassé, qu’il ne s’appuie pas sur ce qui est aujourd’hui une évidence pour tout le monde dans le milieu, et qu’il se limite à ce qui était peut-être technologiquement facile à une époque où on ne numérisait pas tout.

    À relire l’article de Wikipédia, la cybernétique a plus à voir avec la régulation et les interactions qu’avec l’informatique « classique ». Ça me rappelle un peu toute la « systémique » abordée quand je faisais du génie chimique…

  2. Si le livre présentait simplement la cybernétique comme la régulation automatique, je n’aurais pas eu d’objections majeures, mais le livre présente la cybernétique comme une science englobant un vaste champ: depuis l’analyse des organisme biologiques jusqu’à l’organisation sociale et l’enseignement.

    De même une bonne partie du livre consiste en des définitions sur l’information: encodage, alphabet minimal, erreurs de transmission. Dans ces conditions ne pas citer les recherches parues 20 ans auparavant, ça me semble problématique.

    Mon problème principal, c’est que la cybernétique semble être une sorte de fourre-tout contenant des théories très diverses, avec comme ambition un champ d’application total. Je n’ai pas d’objections contre les théories respectives dans leur champs d’application, comme par exemple la théorie du contrôle…

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