Les Boissonnas

Nicolas Bouvier&#13Les Boissonnas
Quai de la Poste 4, Genève
La maison n'est pas à l'angle, l'entrée est sur le quai.
Éditions Héros-Limite

Une chose intéressante avec , c’est qu’il semble avoir écrit sur des sujets qui ont touché ma vie d’une manière où d’une. Avec Les Boissonnas, il retrace l’histoire d’une dynastie de photo­graphes célèbres de Genève, et au travers de celle-ci l’histoire de la petite république entre 1864 et 1983.

Comparé au livres de voyage comme l’l’usage du monde, le poisson scorpion, ou les chroniques japonaises on sent une plus grande distance, la nar­ration ne sent pas le fait vécu, mais plutôt une forte empathie pour des carnets de note, des photographies anciennes.

C’est un livre passionnant, qui m’a beaucoup appris sur une période de l’histoire que je connais mal, même concernant la ville où j’ai grandi : la période entre le Sonderbund et la seconde guerre mondiale a toujours été un peu nébuleuse pour moi. Une époque où des éléments que je connais existent, mais pas dans le rôle que je leur ai connu. Le Journal de genève est un journal satirique, le parti radical est d’extrême gauche. De même si je savais qu’on avait affaire à des prestigieux photo­graphes, je n’avais pas réalisé à quel point leur influence s’étendait.

Cette lecture a aussi éclairci un élément de ma vie – les vieilles familles genevoises – dont j’ai régulièrement partagé l’espace, sans réellement les comprendre. Le texte donne, depuis l’intérieur, quelques clef pour les comprendre. Comme sur les photos argentiques développées dans un bac, on passe, peu à peu, d’une masse d’éléments inconnus à un paysage ou un visage familier, on glisse d’une passé historique à une période que j’ai vécu, dont je reconnais certains éléments: j’ai été à l’école primaire avec les enfants de Gad Borel et Ninon Boissonnas, j’ai même été quelques fois à la résidence à Mornex, où je me souviens avoir joué à la grenouille. Une portrait de famille que j’ai récupéré à la mort de ma grande mère, à présent suspendu dans mon salon, a été fait par Gad Borel. C’était il y a très longtemps, avant que ces photos ne reçoivent le terme argentique.

La ville de Genève a finalement reconnu l’importance de la collection photographique Boissonnas : la Proposition 852 Acqui­sition du fonds photo­graphique Boissonnas par le Centre d’icono­graphie genevoise a été acceptée le 23 mai 2011. La bonne nouvelle c’est que l’infor­matisation des collec­tions est en cours.

Si j’ai beaucoup aimé ce livre, je ne sais pas s’il serait aussi passionant pour quelqu’un qui ne connaît pas la ville. Si j’aime beaucoup le style de Bouvier, je l’ai trouvé moins impressionnant ici que dans les romans de voyage, peut-être que son style s’accorde mieux aux contrées exotiques qu’à l’historique d’une ville protestante. Peut-être est-ce aussi un effet de l’âge, l’évocation du pays natal, mais j’ai trouvé le style plus émoussé, plus complaisant. L’enthousiasme de l’auteur pour les personnages principaux est sans limites, et par moment je me suis dit qu’il en faisait trop. Je n’ai pas non plus été complètement convaincu par la structure : certains retours dans le passé me font plus penser à des digressions de vieil homme qu’à une véritable narration, la parenthèse des pages 153 – 154 est émouvante, mais m’a quand-même laissé passablement perplexe.

Au final, même s’il ne m’a pas laissé une impression aussi intense que les livres de voyage, cela reste un ouvrage très intéressant pour qui désire en savoir plus sur l’histoire de Genève.


4 thoughts on “Les Boissonnas

  1. C’est un des derniers Bouvier qui me restent à lire. Je soupçonne que l’intérêt et la passion moindres qui se ressentent à la lecture viennent peut-être aussi du fait que c’est un ouvrage de commande.

  2. J’ai plutôt l’impression inverse, qu’il avait une relation très forte avec Frédéric Boissonas, plus son enthousiasme pour la ville, et le texte fait un peu trop « fan de base ».

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