La solitude des nombres premiers

Paolo Giordano
La solitude des nombres premiers

Une des choses qui me frappe, lorsque je lis un texte traduit de l’italien vers le français, c’est la présence de l’italien. Les deux langues sont suffisam­ment proches pour que la langue originale transparaisse à travers le français. Comme lorsque l’on passe une frontière, on peut encore voir l’autre pays, il n’est pas simplement évoqué par des noms d’endroits, de plats.

La solitude des nombres premiers, de Paolo Giordano, m’a frappé dès le départ par deux choses, cette proximité, cette candeur, et par le dureté de l’histoire sous-jacente. Le résumé à l’arrière du livre, qui commence par la phrase « Elle aime la photo, il est passionné par les mathé­matiques. » est trompeuse. Elle est factuellement correcte, mais largement hors propos. Le commentaire du nouvel obser­vateur, « Un ton rapide, désinvolte, à la fois déchirant et cynique » me semble tout autant hors sujet. Je n’ai pas trouvé le ton rapide, mais il est clairement dénué des lenteurs que semble affectionner la littérature française, il n’est pas désinvolte, mais raconte sans détours deux parcours de vie douloureux. Je n’ai pas non plus trouvé le texte cynique, simplement il est centré sur les deux protagonistes qui ne sont pas dans la normalité.

La narration suit un cours plein de surprises, en évitant la plupart des poncifs qu’on aurait pu attendre. L’absence de fin nette est naturelle, et me rappelle les romans japonais, peut-être que c’est cela qui vaut au livre l’étiquette de cynique ? S’il était prévisible que je m’attache à Mattia, qui étudie les mathématiques, j’étais tout aussi passionné par l’histoire d’Alice. Ce livre ne traite à mon avis pas d’une passion, mais de la souf­france, du manque, de la difficulté de commu­niquer et de la différence. Plus que tout autre chose c’est l’iso­lation qui unit les deux personnages principaux.

La solitude des nombres premiers
Paolo Giordano
Points
ISBN : 978-2-7578-1752-0

J’ai trouvé le style d’écriture Paolo Giordano élégant et efficace, je me suis investi dans les personnages – peut-être parce que certaines expériences de vie décrites me rappellent les miennes – et immergé dans l’histoire sans qu’il y ait besoin de grandes descriptions. On sent que l’auteur connaît le monde dans lequel évoluent les personnages. Les mathématiques sont présentes dans le livre sous formes de métaphores, sans pour autant être lourdes.

En conclusion la solitude des nombres premiers est un livre que je conseille, avec le caveat qu’il est assez dur et cru.

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