Sex@mour

Jean Claude Kaufman 
 Sex@amours 
 Armand Colin

Le livre suivant dans ma pile de lecture était sex@mour de Jean Claude-Kaufmann, qui traite, comme son titre peut le laisser soupçonner, d’amour et de sexe sur internet. Si le sujet est intéressant, j’ai trouvé le style d’écriture assez lourd, avec un style académique et ronflant, sans pour autant que le texte soit étayé par des faits, des statistiques ; dans ce livre, on trouve surtout des anecdotes. L’auteur ne semble pas visiblement réellement impliqué dans la problé­matique, mais ne se prive pas pour autant de juger.

Même si le texte est court (200 pages, écrit gros), j’ai quand même eu largement le temps de m’ennuyer, entre le va et vient de l’auteur entre le contexte historique et le monde actuel, ses répétitions, et le fait que j’ai eu pas mal de peine à accorder de l’autorité à l’auteur sur les deux sujets qui semblent être le centre du livre, les jeunes femmes et internet.

Sur ce dernier sujet, Jean Claude Kaufmann semble être peu au clair, il utilise parfois blogs, forums, site de rencontres de manière interchangeable. Il ne semble pas non plus avoir décidé si internet offre un anonymat ou non, vu qu’il semble affirmer les deux hypothèses en parallèle, selon les besoin du chapitre. Je peux comprendre qu’il ne fait que narrer une perception sociale de la chose, mais j’ai trouvé qu’il n’a pas fait le moindre effort pour lever l’ambiguité. Peut-être que je ne comprend juste pas la sociologie…

La thèse centrale du livre c’est qu’il existe une tension entre le sexe et l’amour, et qu’entre internet et la révolution sexuelle des années 60, la situation a été passablement chamboulée. Ce que j’ai trouvé intéressant, c’est qu’au sein même des sites de rencontres, deux tendances anciennes s’affrontent, d’un côté les partisans de la sensation, de l’autre, ceux qui veulent des règles, des rituels, permettant de civiliser le processus. Les premiers se retrouvent enferrés dans une course à la sensation, les seconds n’ayant ni consensus ni autorité, ne parviennent jamais à s’entendre sur la portée et le sens des codes, qui se retrouvent réduit à deux points fixes : le premier et le dernier verre.

Le premier chapitre m’a frappé, principalement à cause du fait que la problématique centrale pouvait se résumer à un acronyme : IRL (In Real Life. Le texte explique de manière assez ardue la transition entre des interactions virtuelles et le contact réel, le fait que les attentes sont toujours faussées, et qu’il faut un rituel, un consensus social pour recommencer la relation dans le nouveau mode. Si on enlève la question sexe/amour de l’équation, c’est quelque chose qu’ont toujours dû gérer les groupes dispersés qu’ils soient hackers, ou correspondants épistolaires. Visiblement cette transi­tion pose à présent problème à une population plus grande.

Une question qui n’est d’ailleurs pas du tout abordé dans le livre est celles des jeux de rôle massivement en ligne (plus communément appelés Morpeug) qui sont des réseaux sociaux et aussi des terrains de chasse très grands. Si des sitcoms grand public comme Plus belle la vie traitent du sujet, je pense qu’on peut considérer qu’il est du domaine de la sociologique. Si le livre était paru il y a quelques années, je n’aurais pas tiqué, mais pour un ouvrage sorti en 2010, cela me semble une omission ennuyante, car la distanciation virtuel-réel est encore plus grande.

Sex@amour

Armand Colin
ISBN : 978-2-200-24841-3

En conclusion, je dirais que c’est un recueil de témoignages intéressant qui aurait gagné à être mieux synthétisé, et qui laisse une impression d’anecdotes superficielles. J’ai regretté que l’auteur ne soit pas allé plus loin dans les mécanismes, les tendances, plutôt que de porter des jugements qui ne sont pas particulièrement intéressants.

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