Communiquer avec la bête

J’ai trouvé récemment une bonne définition pour exprimer ma position religieuse : ignostique. En résumé c’est la position que la question de l’existence de dieu n’est pas posée suffisamment clairement pour qu’on puisse discuter d’une réponse.

Une question que je trouve plus intéressante, c’est celle de l’existence de l’humanité. Les petits malins me feront remarquer qu’on est assez sûr qu’elle existe. Je ne suis pas si sûr. Je ne dispute pas le fait qu’il y a plein d’humains sur terre. L’humanité en tant que concept existe, mais est-ce qu’elle existe en tant qu’entité ?

Le cortex cérébral d’un chat a 300 millions de neurones, celui d’un chimpanzé 6 milliards, celui d’un humain 11. Si on considère chaque humain comme un neurone, l’humanité en tant que réseau est passé de la complexité du cerveau de chat à celle du cerveau d’un grand singe durant les mille dernières années. Le système de communication entre les nœuds s’est lui aussi développé de manière considérable : il y a présent plus de quatre milliards de téléphone mobiles.

L’analogie entre un humain et un neurone est naturellement très problématique. Les deux sont des entités qui reçoivent des informations et en émettent d’autres en réaction. Au delà, les choses deviennent compliquées, le mode de communication est différent, la logique aussi, mais il y a quand même des points communs : les deux réseaux fonctionnent de manière massivement parallèle, et engrangent les informations de manière holographique, c’est à dire que toutes les informations sont distribuées dans le réseau.

La question de savoir si l’humanité possède une certaine intelligence ou même si elle est consciente (en admettant que cette notion ait un sens à cette échelle) pose une question plus pragmatique, comme diable communiquer avec cette entité. Même si mes neurones étaient intelligents ou conscient, je ne serais pas capable de communiquer avec eux.

Pourtant si on y réfléchit, qu’est-ce que la démocratie que le fait de poser une question à la totalité ? La démarche n’a de sens que si on assume que la totalité a une réponse. Le mécanisme me paraît très grossier, dans le sens que la totalité a probablement une position plus complexe et riche que ce que permet d’exprimer un bulletin de vote.

Des projets comme la wikipedia ou même le mécanisme d’Eigenvalue utilisé par les moteur de recherche sur internet suivent ce principe de poser une question à la totalité. Comme ces systèmes permettent des réponses avec beaucoup plus de dimensions, les résultats sont aussi beaucoup plus concluants.

Internet semble être un champ d’expérimentation très fertile dans cette direction : le crowdsourcing, l’émergence de phénomènes distribués comme anonymous sont autant d’indices qu’il se passe quelque chose à ce niveau…

4 thoughts on “Communiquer avec la bête”

  1. Anonymous, c’est presque un “stand-alone complex”…

  2. La démocratie c’est une question posée ponctuellement, mais tout le cheminement des idées (des « mèmes ») entre individus en préalable peut peut-être se comparer celui des influx entre les neurones. Après, comparer un neurone (assez basique) et un humain, c’est peut-être là l’erreur, car l’humain a justement une vue (partielle) de ce que les autres neurones pensent.

    Bref, analogie intéressante mais qu’il ne faut sans doute pas pousser trop loin. Ou carrément l’étendre à l’hypothèse Gaïa, l’humanité n’étant qu’un tissu parmi d’autres (le cortex ou un cancer ?)

  3. Si le comportement social des humains est réellement plus avancé que celui du neurone de base, cela veut simplement dire qu’il en faudrait moins pour avoir un comportement émergent.

    Pour moi, l’hypothèse Gaïa relève de la religion, dans le sens qu’elle n’est pas vérifiable. Vu la vitesse de réaction du système, on peut tout au plus observer un feedback simple.

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