De l’aspect narratif des années huitante

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Alias a écrit un billet sur les années huitante que j’ai trouvé intéressant, même si j’ai failli le rater entre deux critiques d’albums de rock progressif. Je partage son sentiment que les années huitante sont un peu une décennie fantôme, coincée entre l’oubli et le romantisme de ma génération. À mon sens, le problème des années huitante (outre que le fait que les français utilisent le mauvais mot pour ce chiffre), c’est que c’est une décennie sans narration.

Sans dire qu’il ne se soit rien passé, il y a eu remarquablement peu d’événements charnières, du genre avec des héros, des barricades, des drapeaux et des dates ponctuelles, de ceux qu’on peut mettre dans les livres d’histoire. Ce n’est pas un hasard que personne n’ait fait de film sur la guerre des Malouines. Les années huitante ont aussi vu de long règnes : Ronald Reagan de 1981 à 1989, François Miettand de 1981 à 1995, Margaret Thatcher de 1979 à 1990, Helmut Kohl de 1982 à 1990. Même le premier ministre du Japon, Yasuhiro Nakasone est resté au pouvoir durant cinq ans, de 1982 à 1987.

Cela ne veut pas dire que la décennie n’a pas eu d’influence, les doctrines économiques mises en œuvre à l’époque ou l’apparition de l’électronique de masse sont à l’origine de tous les chamboulements sociaux que nous vivons à présent. Mais à l’époque personne ne s’en rendait réellement compte. La menace était soviétique, les gens réalisaient lentement que le Japon était devenu une puissance économique. Même un auteur de science-fiction de l’époque ne pouvait envisager l’émergence du BRIC

À posteriori, ces années peuvent apparaître pour les uns comme la longue phase d’implémentation des idées révolutionnaires de la fin des années soixante. Pour les autres, plus jeunes comme une sorte de préhistoire maladroite : toutes les technologies de notre vie quotidienne sont apparues à l’époque, elles apparaissent aujourd’hui lentes, pathétiques, grosses et maladroides, comme le montre l’interview d’un adolescent de 13 ans à qui on avait demandé de comparer un walkman vieux de 30 ans à son iPod.

Que ce soit le Walkman, les chansons de Madonna ou la mode des épaulettes larges comme des porte-avions, il est difficile, même pour un représentant de la génération X, de dire que c’était mieux avant. Lorsque j’ai revu pour la première fois depuis des années des épisodes de la série TV Miami Vice, ma première réaction fut de penser que c’était un pastiche. Presque aussi bizarres que les années septante, mais sans le capital sympathie. J’ai eu la même réaction en voyant le film Charlie Wilson’s War, ce fut réellement une époque curieuse.

Les grand chamboulements qui ont accompagnés la chute du mur de Berlin ont à mon avis creusé un fossé infranchissable, c’est devenu une époque insensée et inaccessible, presque mythologique. Ce n’est pas pour rien que c’est à cette époque que le médiéval fantastique a pris son essor sous toutes ses formes. En un sens, Michael Jackson en aura été le symbole jusqu’à la fin, brillant de tous les feux du Kitsch, puis transformé au delà de toute forme de reconnaissance, et disparu de manière anti-climatique.

3 thoughts on “De l’aspect narratif des années huitante”

  1. Sardou chantait «Femme des années quatre-vingt», je n’ai jamais entendu de mot particulier pour désigner diverses décennies (comme Eighties).

  2. On dit les années quatre-vingt, comme on dirait les années soixante.

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