De l’Université de Genève aux Princes du Schleswig-Holstein

Bâtiment de l'Université de Genève ⓒ Carl O'Brien – Creative Common Attribution 2.5 License

Hors donc l’Université de Genève a fini par se décider à entrer dans le XXIᵉ siècle et d’organiser ses alumni en leur offrant un portail web. J’ai donc été invité à participer en entrer mes informations. Ce qui m’a paru étrange, c’est que j’ai été, depuis l’obtention de mon diplôme, membre de la Société Académique de Genève. Elle dispose d’un site web sommaire qui est surtout remarquable par ses erreurs d’encodage sur la page d’entrée. On y trouve néanmoins une présentation de sa mission:

La Société a pour but de contribuer au développement de l’enseignement et de la recherche de l’Université de Genève.
Elle gère son patrimoine propre ainsi que celui des Fonds qui lui ont été confiés ; elle en utilise les revenus dans les limites prévues par ses statuts et ceux réglementant les donations et dispositions testamentaires dont elle a bénéficié.

Faire partie de cette association est plus un acte de civisme qu’autre chose. De fait, son existence était complètement sorti de ma tête jusqu’au moment où j’ai commencé à écrire ce billet. Il faut dire que j’ai oublié de communiquer l’un de mes multiples changements d’adresses, donc je n’ai pas reçu de nouvelles de la dite association depuis des années. Visiblement cela ne m’a pas manqué.

Clairement la société académique ne pouvait reprendre la gestion des alumni de l’université, peut-être que cela ne contribue pas développement de l’enseignement et de la recherche dans l’université ? Bref, on a jugé nécessaire qu’une nouvelle organisation était nécessaire. Sans aller jusqu’à évoquer les sempiternels anglo-saxons qui sont plutôt occupés ces jours, l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne avait déjà tout cela le siècle dernier : l’Association des Diplômés de l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (A³-EPFL pour faire court).

Je suis membre de l’A³-EPFL depuis l’obtention de mon doctorat. Dès le début, j’ai bénéficié d’un portail où je peux mettre mes informations et entrer en contact avec d’autres alumni. J’ai aussi eu droit à une adresse e-mail permanente, de rabais pour acheter du matériel informatique (notamment les offres Neptun de Apple). L’A³-EPFL dispose de section régionales qui organisent aussi des vistes. Je viens de participer à l’une d’entre-elles, mais en tant que guide vu que l’objet était les bureaux de Google à Zürich. Bref c’est une affaire qui fonctionne.

Mettre en place un réseau d’alumni à posteriori est naturellement bien plus difficile, surtout si on créé une nouvelle organisation. J’ai donc eu droit à divers messages m’invitant à vérifier mon identité, puis à entrer des informations dans un formulaire web pour vérifier que j’était effectivement un alumni. Il est clair que des informations comme le nom, le prénom, l’année et le type du diplôme sont des données hautement secrètes : après tout elles ont seulement été publiées dans le journal… Bref, après que l’on ait validé le fait que j’ai obtenu un diplôme de l’université de Genève (moi-même je commence à avoir des doutes), je peux finalement me connecter au portail.

J’aurais jugé l’interface web de très bonne qualité, à mon sortir de la dite université, en 1997. Je commence à entrer mes informations, l’encodage est de l’Iso Latin-1, donc mes petites manies typographiques résultent en une collection de point d’interrogation. J’essaye d’uploader la photo que j’utilise pour ce genre de site, j’ai droit à une boîte à dialogue qui m’annonce que seul les fichiers JPG sont acceptés (j’avais utilisé un fichier PNG). Lorsque j’essaye d’entrer informations professionelles, l’interface se bloque et m’annonce que j’ai entré des données invalides simplement parce que j’ai eu le malheur d’évoquer un 31 avril. Naturellement elle n’explique pas quel champ est invalide, ça serait trop simple. Point de petit calendrier interactif comme on en trouve partout ces jours. J’entre néanmoins mon emploi actuel, et je me retrouve devant les choix suivants pour les branches :

  • Édition, information, marketing
  • Activités associatives, culturelles, récréatives
  • Activités financières et assurances
  • Agriculture, exploitation forestière
  • Conseil, activités juridiques ou comptables
  • Commerce
  • Construction
  • Enseignement
  • Hôtellerie/restauration

Il est clair que l’Université de Genève prépare mieux aux métiers de la construction que l’informatique. À ce stade, dépité, j’ai regardé le code HTML du site afin de comprendre qui était l’auteur de cette chose. Je peux au moins déclarer que l’honneur de mon alma mater est sauf : le site n’a probablement pas été fait des étudiants de l’institution. Je peux affirmer cela, non pas du fait qu’elle ne forme pas d’informaticiens, comme semblent le croire certains, mais simplement parce que le code Javascript est écrit en allemand. Hors tout le monde sait qu’un Genevois se suiciderait avec une cuillère en plastique plutôt que de parler la langue de Goethe. Le code regorge de trésors comme celui-ci :

{
  var box = document.suche.page;
  var box2 = box.options[box.selectedIndex].value;
  if(document.suche.data.value=='Rechercher')
    { document.suche.data.value=''; }
      if(box2==9) {
        document.suche.action="../lookbook/start.php"; } 
	else if(box2==4) {
	document.suche.action="../home/art.php"; } 
	else if(box2==2) {
	document.suche.action="../resources/dok.php"; } 
	else if(box2==7) {
	document.suche.action="../resources/termin.php"; } 
	document.suche.submit();
}

La validation des données semble être faite du côté client, avec, en cas d’erreur, des messages d’erreur en allemand. S’il n’y a pas de calendrier pour sélectionner les dates, il semblerait que le code pour ce faire est néanmoins inclus. Le portail n’est d’ailleurs pas hébergé sur le domaine de l’université, comme on aurait pu s’y attendre, mais celui du réseau des alumni de l’internat Louisenlund. Il ne s’agit pas d’une université, mais d’un gymnase dans le Schleswig-Holstein qui semble compter parmi ses alumni les princes des familles Schleswig-Holstein, von Hessen, Rantzaus et Sayn-Wittgensteins.

Je me considère comme plutôt cynique, surtout pour les questions ayant trait à l’interaction entre les grandes organisations et l’informatique, mais là, je dois avouer que je suis impressionné…

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