Le monde n’a pas de charnières

Certains affirment que le monde a des charnières, qui tournent et le monde change. Ils se trompent. Notre monde est séparé des autres, non par des gonds ou une toute autre quincaillerie, mais par un rideau de perles en plastique rose, avec des tubes en verre, qui, lorsque le vent souffle et qu’on a assez consommé d’alcool, sonne mystique. Parfois, un souffle de vent cosmique entre-ouvre ce rideau, l’apparition d’internet l’a ouvert brusquement, comme une plante à repasser qui s’ouvre bruyamment au milieu de la nuit, les perles écartées selon une structure peu élégante.

De l’autre côté, il n’y a pas un monde connexe, comme le notre, mais des poches où la causalité et le cours du temps n’ont pas cours. Passé glorieux imaginaire et future sont la même chose. Des traditions sans passé se justifient par elles-mêmes. Dans ces bulles, la science est rare et les sentiments sont rois, seule filtrent les ondes suffisamment subtiles pour se glisser entre les perles. Ce qui explique bien des chaînes de télévisions, qui ont leur public de l’autre côté. La téléphonie mobile vient de notre réalité, d’où la rumeur que la 5G cause le virus. Et internet, qui pénètre le rideau comme l’odeur des gitanes bleues.

Là-bas, les match de catch ne sont pas du chiqué, et les catcheurs sont des super-héros. Trump a organisé leur syndicat comme Reagan l’avait fait avec les acteurs. Ils ont sauvé le monde, plusieurs fois, et c’est pour cela qu’il est président. Là-bas, Kennedy s’est suicidé avec Marilyn. Là-bas, le premier pas sur la lune a été fait par Chuck Norris. Là-bas, Elvis est encore vivant. Là-bas, les années 50 coexistent avec les excès des années 80 et les gadgets du XXIe siècle. Quand toutes les inventions viennent de l’autre côté, le temps n’a pas d’importance.

De manière générale, les influences de notre monde sont si fortes, et inexplicables de l’autre côté, que rien ne fait de sens, les théories de conspirations les plus folles sont l’explications la plus logique. Car là-bas, ils sachent que nous existons, tapis aux limites, incompréhensibles. Ils luttent pour couper les ponts, arrêter ceux qui, tel Charon, passent à travers le rideau de perles dimensionnel.

Comme chaque pays à sa propre bulle, l’étranger est donc toujours de notre côté. Ils construisent donc des murs, des barrières le long de celles-ci. Les chauffeurs de taxi peuvent passer entre les mondes, les babioles suspendues dans leur taxi leur permettant de savoir de quel côté ils sont, et ainsi de naviguer. Ils ont vu Elvis. Elon Musk veut les remplacer par des machines. Les éoliennes sont visibles d’un monde à l’autre, il faut les abattre.

Il faut les comprendre, aussi. Tous les problèmes, le cancer, la pollution, viennent de notre côté. Le réchauffement climatique est impossible dans un monde bloqué dans la première moitié du XXe siècle, comme chaque pays à sa bulle, les maladies ne peuvent que passer par notre monde, c’est logique. Évidemment, tout cela est en vain, car internet nous lie inexorablement, et internet est un monde d’histoires, auquel l’autre monde ne peut renoncer…

Comment savoir de quel côté on se trouve ? De notre côté, les moineaux sont des créatures dépareillées et chamailleuses, de l’autre ce sont juste des oiseaux bruns. Si quelque demande, tout est de la faute à Antoine.

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