Métaphores réchauffées

Casemate de la ligne Maginot près de Maulde (Nord, France).

Un aspect frustrant du débat sur le réchauffement est la polarisation, qui mène à deux positions extrêmes: c’est une conspiration, et le problème disparaitra de soi-même d’un côté, de l’autre l’apocalypse et la fin de la civilisation. La première position me semble être largement un biais cognitif des baby-boomers, la majorité des crises de leur vivant ont été résolues par un désengagement (guerres coloniales), ou l’inactivité (guerre froide, choc pétrolier). Son opposé a de grosses connotations religieuses (on parle de la Nature avec un grand N, de punition), l’urgence une excuse pour avancer un agenda politique peu aligné avec un problème largement technique. D’un côté, l’inaction, de l’autre la révolution totale impossible. Il y a naturellement des gens modérés, mais leurs voix sont largement étouffée par le vacarme des extrêmes.

Le problème, c’est que les gens pensent en terme de métaphores et de narrations, et je ne fais pas exception à la règle, le fait que le débat est réduit à deux scénarios idiots, frustre le rôliste en moi (même si je l’avoue, je ne pratique plus). Je propose ici une autre métaphore. Je ne prétends pas qu’elle soit bonne, simplement qu’elle est moins mauvaise que les deux précédentes. Je pense que la gestion du réchauffement climatique sera plus proche d’un grand conflit militaire comme la seconde guerre mondiale en Europe pour les raisons suivantes:

  • La crise s’est éventuellement terminée.
  • Il y a eu beaucoup de casse.
  • Les états impliqués ont dû dépenser une quantité signifiante de ressources durant la crise.
  • La société a fait de grands efforts pour ignorer le problème au départ.
  • Le début de la crise est lié à une crise économique et les inégalités dans les sociétés.
  • De nombreux gouvernements, de nombreuses institutions n’ont pas survécu à la crise.
  • Les mesures préventives des différents gouvernements n’ont pas toujours été très efficaces.
  • La résolution de la crise a impliqué une alliance objective entre des tendances politiques opposées.
  • Certains problèmes, comme le chômage ont été éclipsés.
  • Certaines avancée culturelles et sociales ont été perdues.
  • Selon les régions, la période après la crise a été positive.

Le premier point est le plus important, la priorité dans une crise, c’est de sortir de la crise. À contrario, partir d’un modèle sans espoir n’a aucun intérêt, s’il n’y a pas de solution, il n’y a pas de problème.

Je le répète, je ne pense pas que c’est une bonne métaphore, simplement qu’elle est moins mauvaise que les clichés des extrêmes, parce qu’elle se situe quelque part au milieu entre les deux extrêmes. Je ne qualifierais pas ce scénario d’optimiste, mais si on y regarde, il y a eu beaucoup de variations selon les pays et les régions.

3 thoughts on “Métaphores réchauffées”

  1. J’ai l’impression que toi aussi, tu tombes dans le biais cognitif du “les extrêmes c’est mal, le juste milieu, c’est bien.”

    Mais je trouve l’échelle que tu décris pas très à propos.
    Pour comparer avec ton analogie de la deuxième guerre mondiale, les climato-sceptiques sont ceux qui disent “les Nazis n’existent pas”. Je ne les considère pas comme des extrêmes, mais comme des imbéciles dont la voix n’aurait jamais dû avoir la portée qu’elle a (mais malheureusement, nous ne vivons plus dans un monde où la vérité se base sur des faits, mais dans un monde où il n’y a plus de vérité, juste des opinions, et toutes les opinions auraient valeur égale et droit de citer).

    Ce qui disent qu’il y a un risque de fin de monde, seraient ceux qui disent “si on ne fait rien, les Nazis vont devenir les maîtres du monde.” Est-ce une position extrémiste ? Je ne pense pas.

    Mais surtout, ce que je pense où ce que tu penses n’a pas vraiment d’importance. Qu’en pensent les gens dont c’est le boulot ? Qu’en pense le GIEC ? etc. Est-ce que leur position est extrémistes parce que diamétralement opposée à celle qui disent qu’il n’y a pas de problème ?

    Est-ce que les gens qui disent que la Terre est ronde sont des extrémistes ? Face à ceux qui disent que la Terre est plate ? Et donc le juste milieu serait de penser que la terre est vaguement oblongue ?

    • Woups, désolé pour toutes les typos, faudrait que je me relise des fois.

  2. Je n’ai jamais dit que le réchauffement climatique n’est pas réel, c’est la crise prioritaire. Et je n’appellerai pas un scénario où 3% de la population meurt en huit ans comme «juste milieu», surtout que je pense que la crise va durer plus longtemps.

    Le but n’est pas de convaincre qui que ce soit, honnêtement, je n’ai pas d’illusions de faire ça avec ce blog qui doit avoir 20 lecteurs. C’est surtout un outil pour moi pour raisonner. Oui, les climato-sceptiques sont comme tout ces gens qui pensaient que le nazisme sera une crise locale. À l’opposé, certaines position politiques comme «faisons la révolution et après nous nous occuperons de la crise» ne sont peut-être pas optimales.

Leave a Reply

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.