Modèles réduits & droits à la réparation

Modèle réduit de locomotive en cours de transformation

Durant mes heures perdues, j’ai entrepris de remettre en état une vieille locomotive miniature, un modèle au 1:87 (H0) de la série 81 de la Deutsche Reichsbahn, produit par Märklin avec le numéro 3031, il s’agit probablement du modèle produit entre 1959 et 1961. Mon but n’est pas simplement remettre cet objet dans son état original, mais de moderniser autant que possible cette locomotive, qu’elle puisse circuler sur un réseau digital.

Quand les gens parlent du droit à réparer, ils ont en général en tête les appareils électroniques modernes. Ce qui est intéressant dans le modélisme, c’est que ce droit existe dans une certaine mesure : Märklin met a disposition sur son site un schéma explosé de la locomotive avec la liste des pièces détachées, qui semblent pour la plupart encore disponibles, et différentes marques proposent des kits de mise à jour, notamment pour le décodeur et le moteur.

Le fait que réparations et transformations sont possibles ne veut pas dire qu’elles soient simples ou peu onéreuses. Malheureusement c’est justement un fantasme qui semble sous-jacent à la discussion – surtout parmi les gens qui n’ont pas de compétences techniques – il suffit de remplacer un condensateur, une simple soudure – pour peu qu’on sache faire des soudures et qu’on comprenne l’électronique, ce qui est un métier.

Comparer des réparations sur un vieux jouet avec de l’électronique moderne n’est pas un exercice aisé. On parle d’un appareil bien plus simple qu’un téléphone mobile : un jouet qui comporte un relais, un moteur, deux ampoules et deux électro-aimants pour les attelages. Les attentes principales pour la locomotive n’ont pas tellement changé, la locomotive doit rouler, les phares doivent s’illuminer. Bref la locomotive devrait être plus facile à réparer.

La première phase de la remise en état était un nettoyage du châssis, et le remplacement de composants consommables : les balais dans le moteur, le frotteur sous la locomotive et les pneus sur les roues. Si le coût des pièces était d’une dizaine de francs, cela représentait un peu de travail manuel, et je n’ai pas procédé à un démontage complet, peut-être qu’en fin de compte, je devrais.

Le premier problème pour la locomotive est que le système de contrôle a changé. Lorsque j’étais gamin l’alimentation était un courant alternative, la vitesse était contrôlée par le voltage, et une impulsion permettait de changer le sens de la marche. De nos jours, le contrôle est digital, des paquets de données sont transmis sur les rails, décodés par la locomotive qui en déduit la vitesse, le sens de marche, etc. Cela permet de contrôler plusieurs locomotives indépendamment sur les mêmes rails, et d’avoir les feux allumés même à l’arrêt.

Il m’a donc fallu enlever le relais électrique qui gérait l’inversion de marche et y substituer un décodeur. Le problème c’est que ce décodeur ne produit pas un courant alternatif, mais continu, donc il a fallu changer l’aimant qui forme le stator du moteur. Heureusement il y a des kits pour cela. J’ai décidé de prendre un bon décodeur – mon but était d’avoir une bonne plate forme pour bricoler, mais cela fait que les pièces m’ont presque coûté la moitié du prix de la même locomotive, neuve.

J’en suis à ce stade, j’ai une locomotive qui marche comme celles de mon enfance : pas de problème à grande vitesse, mais au ralenti, elle grogne sans bouger puis elle avance par à-coups. Le problème vient du fait que les moteurs de l’époque sont à 3 pôles et que l’axe est montée directement dans le châssis, avec un peu d’huile pour minimiser le frottement. Une amélioration possible consisterait à remplacer le rotor du moteur pour une version à cinq pôles – une autre pièce à acheter – une autre amélioration serait de monter un roulement à bille pour l’axe du rotor, le roulement à bille n’est pas cher, mais cela implique de fraiser dans le châssis, une opération délicate.

J’en suis à ce point. La phase suivante est de connecter les électro-aimants des dételleurs et de remplacer les lampes. La locomotive originale utilisait deux petites ampoules à incandescence, qui consommaient beaucoup d’énergie. Si la consommation électrique d’un train miniature n’est pas énorme, cette énergie doit être amenée jusqu’à la locomotive via les rails qui ont une capacité limitée, contrôlée par le décodeur qui a aussi une capacité limitée, et finalement la chaleur produite doit être évacuée, et risque d’endommager la locomotive. L’utilisation de LED permettrait aussi de contrôler chaque lampe de la locomotive indépendamment, et de considérer des feux de différentes couleurs. Bref, ce changement de technologie est une bonne chose.

Toutes ces transformations sont intéressantes comme hobby pour une personne comme moi qui travaille toute la journée dans le software, et révèle quelques problèmes généraux avec les réparations d’ancien appareils, même avec un système construit pour être réparable :

  • Les réparations demandent du travail et des pièces, ce qui fait qu’une réparation n’est pas toujours économique
  • Les infrastructures et les protocoles changent
  • De nouvelles technologies font que les performances d’anciens appareils apparaissent relativement moins performants

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