Le Labyrinthe des cerisiers

Une épée, une guitare, un fusil devant un heptagramme

Le texte suivant est le début d’une nouvelle située dans l’univers de que j’avais commencé à écrire en 2007, ça aurait pu être un candidat pour l’été de l’échec, si je ne l’avais pas complètement oubliée, et que l’automne est clairement venu. Ironiquement c’est un texte très printanier. L’idée était, je pense, de décrire l’univers tel que je le percevais à ce moment là, même si ce n’est probablement pas visible, j’étais très influencé par à ce moment là.


Une légère brises fait onduler les cerisiers qui bordent le chemin. Les pétales tourbillonnent comme une neige parfumée. M. avance à petit pas, elle admire la nuque délicate de sa compagne, la coiffure complexe. Les deux femmes portent des kimonos aux couleurs claires, brodés de motifs complexes qui représentent des jeunes filles marchant parmi des cerisiers en fleur. M. se demande si elle-même n’est rien de plus qu’un motif sur une étoffe complexe. Un artifice comme le paysage ou le ciel, qui sont de savants hologrammes.

L’allée bordée de cerisiers suit un chemin tortueux, passant sur de petits ponts en bois et entre divers bâtiments. Sous les arbres, derrières les panneaux en papier une foule variée fête gaiement la floraison. Certains ont, comme les deux jeunes filles, des tenus néo-nippones, savant mélange d’ancien et de nouveau, d’étoffes holographiques et de soieries, mais on peut voir les multiples styles qui ont fait de Paris une capitale de la mode dans la Sphère.

M. et son amie portent des ceintures ornementés complexes, des obi, qui serrent leur hanches et font ressortir leurs formes sous la soie tendue et subtilement moulante. Des reflets et des animations discrètes sur les étoffes mettent en avant chaque courbe, chaque mouvement de leurs corps. Elle portent toutes deux un ras du cou de soie fine, auquel est attaché une plaquette en bois blanc ornée d’un caractère chinois, 美, signifiant beauté. Cette plaquette montre qu’elles participent au jeu.

Devant un petit temple shinto-lucyférien, une sœur de Sainte-Marie-Madeleine des Talons-Aiguilles joue aux échecs avec un Siyan. M. ressent une certaine empathie lorsque la main de la nonne gantée de vinyle noir saisit délicatement mais fermement un pion en ivoire pour le faire avancer sur le damier du champ de bataille. Aujourd’hui, comme la petite plaquette à son cou l’indique, elle est aussi un pion qui espère pouvoir atteindre l’autre extrémité du terrain de jeu, devenir une pièce plus importante.

Un nouveau pont mène dans un petit village. Un fort parfum d’encens se mêle à l’odeur de vieux bois. Sur la place, une foule de petit stands bigarrés vendent des nourritures variées. M. sait que les chalands joviaux, sont, de fait, des chefs prestigieux ou des directeurs importants, qui durant ce court carnaval, prétendre être de simple scommerçants. Il n’en est naturellement rien : ils participent au jeu et sont la première épreuve.

Silencieusement M. et sa compagne s’examinent mutuellement, vérifiant discrètement leurs tenues et de leur apparence. Elles se doivent d’être pure et virginales, tout en étant le plus séduisantes possibles. Leurs tenues et leur maquillages à l’apparence simple ont été préparées durant des heures. Le premier affrontement commence : tout n’est que sourires, geste délicats et petite conversation, mais il s’agit d’une épreuve.

Nombreuses sont les jeunes participants au jeu, virevoltant entre les stands comme les pétales de fleur de cerisiers, mais rares sont les élues. M. et sa compagne parviennent à force de séduction à obtenir chacune cinq pièces de métal percées. Armées de ce passe, elles se rendent vers un grand temple en bois. Après s’être purifiées à la fontaine à l’entrée, elles jettent chacune les cinq pièces dans le caisson en bois, et agitent par le biais d’une lourde corde tressée de rubans d’or un large grelot en fer. Un panneau du temple s’écarte et un moine fait signe aux jeunes filles d’entrer. Les trois personnes s’approche des pieds d’une grande statue représentant Lilith priant devant Bouddha. Le moine frappe le talon de Lilith qui révèle un escalier qui mène dans un renfoncement qui se révèle être un ascenseur.

Dès que la porte de l’ascenseur se ferme, les deux jeunes filles s’affairent. Deux fleurs qui ont échappé temporairement à la gravité, emportées le long de l’entrelacs de la façade art-nouveau du bâtiment. À travers les baies vitrées, la halle de brique rouge qui abrite le parc aux cerisiers s’éloigne en contrebas. Les lumières de la fête sont visibles à travers les verrières et le ciel holographique. Les deux passagères n’ont pas le temps de contempler les reflets du coucher du soleil sur les toits de Paris, occupées qu’elles sont à leur métamorphose.

Une pression à un endroit stratégique, et les sandales en bois laqué fondent pour changer de forme. Des rubans sont tirés, les kimonos qui s’échancrent et se serrent, les obis en châles. Par une série de mouvement précis, les coiffures sont réarrangées, les peignes désassemblés pour former des bijoux. Lorsque l’ascenseur s’arrête au sommet de la tour, la transformation est terminée. Les deux femmes sont vêtues de robes de soirées et d’escarpins à talons hauts.

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