De la complexité des kanjis


Un des gros problèmes lorsqu’on apprend le japonais, c’est la maîtrise des kanjis. Les kanjis sont les caractères utilisés pour écrire le chinois, ces caractères n’ont de base pas de signification phonétique (même s’ils sont parfois utilisés de manière phonétique), mais représentent des concepts. Comme le japonais est une langue complètement différente du chinois, cela pose toute une série de problèmes, de fait ces problèmes peuvent assez bien être exprimés si on essaye d’utiliser les kanjis en français.

Le kanji pour cheval est 馬, donc au lieu d’écrire «J’ai un cheval», on pourrait écrire «J’ai un 馬». La première chose qu’on remarque, c’est que le texte est devenu plus compact, mais si on ne connaît pas le kanji, incompréhensible. Un autre effet, moins évident, concerne la vitesse de lecture, comme on a supprimé le stade phonétique et rendu la représentation très compacte, on peut lire le mot directement. Si on est habitué, la lecture est, parait-il, très rapide. Le problème du kanji illisible est souvent réglé au moyen de furigana, c’est une écriture phonétique du mot au dessus. Notre phrase deviendrait donc «J’ai un cheval.» On trouve des furiganas dans les livres pour enfants, mais aussi dans des textes plus sérieux pour les kanjis difficiles (notamment ceux dans les noms de personnes ou de lieux).

Un problème qui n’est pas présent en japonais concerne les pluriels, vu qu’ils ne sont en général pas exprimés explicitement. Comme en français, le nombre est indiqué par l’article on peut décider d’écrire «j’ai des 馬», mais on se retrouve avec deux lectures pour le kanji 馬: cheval et chevaux. L’alternative est de décider que 馬 se lit «cheva» et qu’on écrit donc «j’ai un 馬l» et «j’ai des 馬ux», cette solution me paraît plus japonaise: en général c’est seulement le radical d’un mot qui est représenté par le kanji, les parties variantes sont en général écrites phonétiquement.

Jusqu’à là, rien de tragique. Le problème c’est que 馬 représente le concept de cheval, qui peut en français être exprimé par les termes issus du grec, du latin et de l’italien. Si on prend la phrase «Au concours hippique, j’ai vu beaucoup de cavaliers et de chevaux.», ça pourrait s’écrire «Au concours 馬ique, j’ai vu beaucoup de 馬liers et de 馬ux.» On réalise à présent que le kanji pour un concept simple aurait, en français, au moins quatre lectures:

  1. cheva-
  2. hipp-
  3. equ-
  4. cava-

Le truc intéressant, c’est qu’avec cette manière d’écrire, les mots chevalier et cavalier, s’écrivent à présent de la même manière: 馬lier, ce n’est pas très étonnant vu que les deux sont un substantif qui indique une personne qui a une activité lié à la notion de cheval, simplement ces mots ayant des origines différentes, elles ont des connotations différentes.

Pour en revenir au Japonais, les mots ne sont pas construit à partir du grec, du latin ou de l’italien, mais du chinois, ou plutôt une forme archaïque du chinois. De ce fait un kanji a en général deux lectures, une japonaise et une chinoise. Les fameuses lectures ‘kun’ et ‘on’, toutefois certains mots peuvent avec bien plus que deux lectures, typiquement parce que le japonais a plus d’un terme lié à un concept.

Un effet intéressant de ce système est que vu que l’information sémantique est codée dans le texte, la même écriture reste lisible indépendamment de la langue de lecture. Si on prend la ville de Neuchâtel, cela s’écrirait 新城, mais cette séquence de kanji pourrait être lue comme Neuenburg ou Newcastle. La lecture japonaise serait Shinjō, et la chinoise Xincheng.

Le fait de lire dans sa langue un mot est courant ici, les chinois “lisent” les mots différemment, il ne s’agit pas, comme pour des occidentaux d’un jeu sémantique, mais simplement de la lecture directe. Ils est donc courant qu’ils prononcent (entre eux), les noms de lieux comme ils les lisent, cela fait que Tsurugi (鶴来) devient Helai.

One thought on “De la complexité des kanjis”

  1. Cette particularité du japonais est tout à fait fascinante. A plusieurs reprises, je me suis trouvé devant des indications dont je comprenais le sens sans savoir les lire. Cela fait très étrange.

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