Narration

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Un mot anglais qui manque à mon avis cruellement en français est narrative, il est généralement traduit par narration, mais cela efface la distinction – importante – entre le fait de narrer, et ce qui est narré. Comme souvent, le français brouille la distinction entre l’acteur et l’acte. J’ai souvent l’impression que ma vie aurait besoin d’une meilleure narrative, mais pas d’une narration.

Je n’ai pas besoin d’une voix off qui raconte ce qui se passe. On dit souvent chercher le sens de la vie, cela implique quelque chose de profond, de philosophique – je me contenterais d’une fil narratif cohérent ; bref, que ma vie soit une histoire un tant soit peu crédible.

Pourquoi cette obsession par la narration ? S’il y a une chose que j’ai réellement réalisé ces dernières années, c’est à quel point les gens pensent en termes d’histoire. Si un fait est en contradiction avec le film que se joue l’interlocuteur, il aura de la peine à y croire et surtout à l’intégrer. Le fait qu’il soit correct et étayé par des faits importe peu. C’est le problème des gens religieux : ils sont pris dans une narration épique qui prend beaucoup de place. De manière amusante, en allemand, Narr décrit le fou que ce soit à la cour ou sur les lames de tarot – l’étymologie est cependant différente.

Cet état de fait est particulièrement fascinant lorsque, comme moi, on a passé une bonne partie de sa vie à raconter des histoires durant des parties de jeu de rôle, et qu’on travaille dans une entreprise technique par excellence, où de telles considérations littéraires ne devraient pas avoir cours. Pourtant si l’on veut qu’un projet ait une certaine cohérence, un impact, il faut se concentrer sur une idée centrale, sous peine de se retrouver avec d’un côté une longue liste de fonctionnalités et l’autre un système difficile à appréhender, vu qu’il est impossible à raconter.

One thought on “Narration

  1. “Pourtant si l’on veut qu’un projet ait une certaine cohérence, un impact, il faut se concentrer sur une idée centrale, sous peine de se retrouver avec d’un côté une longue liste de fonctionnalités et l’autre un système difficile à appréhender, vu qu’il est impossible à raconter.”

    Excellente remarque que je pourrais appliquer à pas mal de softs totalement boursouflés.

    Et ça marche aussi pour du code non informatique, du juridique par exemple : la Constitution européenne de 2005 est partie dans le mur parce qu’elle était ça, une longue liste de fonctionnalités sans idée centrale définissable : illisible, illu, et générant donc moults fantasmes?

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