Livres électroniques et médiation

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Depuis mon billet sur les livres futurs, j’ai un peu réfléchi à la question des livres électro­niques, et je me dis que beaucoup de gens sous-estiment ce que l’on peut faire avec des livres électro­niques. L’hypo­thèse cachée faite par un peu tout le monde est que le texte sur un livre électro­nique serait un texte conçu pour un livre papier. Tôt ou tard cela ne sera plus le cas.

Un livre électro­nique peut contenir des sons, des anima­tions, autant de choses qui peuvent déjà être présentes dans une page web, mais qui a part pour des textes à voca­tion pédago­gique n’ont pas causé de grand changement. Ce qui est plus intéressant, je pense, c’est qu’un livre électronique doit pouvoir adapter le contenu au lecteur.

Le fait d’écrire implique de fixer, consciemment ou non, la langue et langage du texte. Ce choix est, une fois le texte imprimé, irrémédiable. Si le vocabulaire est trop ardu pour le lecteur, il risque d’être repoussé par le texte, si on contraire, l’auteur se restreint a des mots simples, il risque de lasser le lecteur. Ce n’est pas une simple question d’utiliser du bon français, il existe un multitude de termes techniques qu’une personne avec une éducation plutôt littéraire ignore.

Ces temps, j’ai lu pas mal de roman sur le Japon, faut-il traduire les noms des plats, des vêtements ? Ce n’est pas question simple, personnellement je trouve que remplacer nabe par pot au feu est moins précis, pour un autre tous ces mots étrangers peuvent nuire à la lecture.

Un livre électronique permettrait de repousser ce choix, c’est à dire de construire le texte final en fonction du lecteur. Dans mon cas, cela voudrait dire laisser en version originale un maximum d’idiomes dans les langues que je connais. De même, l’utilisation de mots techniques serait ajustable, un maximum pour les branches dans lesquelles je travaille, avancé pour les domaines avec lesquels j’ai de l’affinité. Par exemple, le fait que je parle français fait que je comprends beaucoup plus de termes médiévaux en anglais qu’un américain.

Ces choix et ces adaptations n’ont pas besoin d’être statiques, selon mon humeur et mon énergie, je peux vouloir apprendre plus ou moins de nouveaux termes, de nouveaux concepts. Le livre pourrait mesurer ma vitesse de lecture et ajuster la difficulté en conséquence, juste assez pour pimenter, pas assez pour me décourager.

Concevoir un tel livre serait naturellement quelque chose de très différent de l’écriture d’un livre papier et une redéfinition du métier d’auteur et je doute que la transition se fasse immédiatement. Après tout, la forme des textes a beaucoup changé lorsqu’on est passé de formes prévues d’abord pour l’oral, et ensuite pour l’écrit, a des textes conçus d’abord pour la lecture. Soyons honnêtes, la scansion des auteurs modernes est déplorable.

6 thoughts on “Livres électroniques et médiation”

  1. C’est une idée qui pourrait se justifier pour certains ouvrages, mais qui me paraissent difficilement compatible avec l’idée de littérature. Je te renvoie par exemple aux explications de Nicolas Bouvier, dans L’échappée belle, sur le langage qu’il utilise dans L’usage du monde.

    Dans ce genre de cas, avoir la possibilité de rechercher un synonyme ou une définition est à peu près acceptable, tant que cela reste en retrait du texte originel; vouloir faire “L’usage du monde pour les nuls” me paraît être une trahison. Ou alors carrément faire une version annotée, mais explicitement vendue comme telle.

  2. A mon avis tu mélange plusieurs problèmes, qui sont le support du média et l’usage qu’on en fait. Par exemple, un point qui a été soulevé à propos des tablettes à la iPad, c’est qu’elles sont pénibles à utiliser dans le contexte de la lecture, parce qu’elles proposent trop de distractions. Je ne pense donc pas non plus que la traduction à la volée de mots spécialisés soit une bonne idée, parce que la traduction est essentiellement une tâche raisonnée qui ne peut être complètement détachée et automatisée en dehors d’un esprit humain.

    D’un autre coté, si je doute que la forme écrite actuelle change beaucoup, je pense que l’interactivité des nouveaux supports permet d’ajouter de nouvelles fonctions : le texte d’un roman restera pour l’essentiel statique, sobre, avec un minimum de distractions, les illustrations limitées à la portion congrue (animées ou non), mais il est beaucoup plus facile de jouer avec la structure et l’organisation de ce texte. Ainsi, j’espère qu’on reverra apparaître des fictions interactives dignes de ce nom, des livres dont vous êtes le héros qui ne soient pas limités aux poncifs de la fantasy, des constructions de textes dignes du mouvement CutUps ou des surréalistes, etc.

    Pour moi, l’ebook ne _remplace_pas_ le livre actuel (dans son contenu) mais ajoute de nouvelles approches à la manière de présenter ce contenu.

    Ceci dit, le livre dont le texte est paramétrable, dont la nature lui permet de se changer en fonction du lecteur, tout ça, je pense que c’est et ça restera une fantaisie et pas quelque chose de très répandu : l’auteur d’un roman comme d’un poème, essaie d’atteindre une certaine perfection dans son écrit, qu’il ne pourra plus attendre si le texte est fluctuant ou si le lecteur peut changer les mots qui lui déplaisent. Penser que ce sera forcément le cas est à mon avis une confusion des métiers : les écrivains ne sont pas des programmeurs, et réciproquement. En fait, il n’existe pas de terme pour identifier les auteurs de textes interactifs, à par peut-être le très laid médiamaticien…

  3. cela dit pour le pédagogique, c’est très cool, le livre électronique…

  4. Je ne pense pas que les auteurs vont se ruer pour écrire des textes à texte variable, simplement parce qu’ils n’ont jamais appris à faire ça, par contre, je ne serais pas étonné de voir des textes qui sont des traductions assistées par ordinateur qui auraient ce genre de caractéristiques. De même avoir des algorithmes qui font le traitement du texte dans ma tablette ne me semble pas du tout improbable (et je soupçonne qu’il y aura une levée de boucliers des auteurs).

  5. Ce serait pas stupide pour certains documents. Rien que la Bible ou le Coran qui ont plusieurs traductions possibles suivant le degré d’ésotérisme ou de culture du lecteur, et renvoient à une palanquée de références croisées.

    Pour l’auteur, c’est en tout cas un sacré travail en plus. Peut-être pour un collectif ?

  6. Je n’avais pas pensé aux livre religieux, mais c’est vrai que c’est le candidat idéal, il en existe une grande quantité de versions et de traductions, et l’ont peut facilement assembler/superposer les versions, vu que le texte est très structuré (verset, sourates, chapitres etc.).

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