De la nourriture dans les sociétés imaginaires.

Un des aspect souvent négligés dans la création d’une société imaginaire est la nourriture, ou plutôt la production de celle-ci. C’est pourtant un aspect capital de toute forme de vie, et quelque chose de non trivial dans un univers médiéval ou post-apocalyptique. C’est aussi quelque chose qui influence profondément la société: plus l’agriculture pratiquée requiert des infrastructures lourdes, comme de l’irrigation et du terrassement, plus la société sera structurée. À l’opposé une société basée sur l’élevage extensif sera beaucoup plus libre et anarchique. De même la capacité à produire beaucoup de nourriture est un facteur de puissance, surtout dans un monde à basse technologie.

Malgré cela c’est un élément qui souvent négligé, voire ignoré. Le jeu Animonde ne contenait pas la moindre mention d’agriculture, ironique dans un univers de basse technologie ou manger de la viande est un crime grave. Ce n’est pas un cas isolé, le jeu de rôle regorge de villes assiégées en permanence sans source de nourriture, de vaste plaines pouvant supporter des hordes de pillards, d’amérindiens ou d’elfes se nourrissant de chasse et de cueillette. Au delà de l’irréalisme qui peut en irritier certains, négliger ce facteur revient à ignorer une source de diversité culturelle qui donne de la richesse à un univers.

Prenons, au hasard, un univers de science-fiction ou la nourriture peut-être générée artificiellement. Admettons que le processus de fabrication requière de la matière organique (bois, herbe, déchets organiques) de l’énergie et produise une matière nutritive. Cette matière nutritive n’imite pas la texture des aliments naturels, mais permet de produire poudres de fausse farines et du faux lait. Admettons que le processus requiert une usine de taille moyenne et que la technologie est rodée et existe sous une forme ou une autre depuis plus d’un siècle dans l’univers, de même l’énergie nécessaire est raisonnable – dès le moment ou on parle de vaisseau hyper-spatial, la plupart des consommation d’énergie deviennent raisonnables…

La première constatation c’est que les campagnes vont être largement vides, vu que la base de la nourriture peut-être produite en ville. Vu que la base de la nutrition peut-être fabriquée en usine, l’agriculture va se concentrer sur les à côtés qui donnent du goût: épices, légumes. Comme les quantités requises sont bien moindres, ces cultures peuvent largement être faite en milieu urbain ou sub-urbain. De même l’élevage de poulets et de cochons requiert relativement peu de place.

Le paysage va donc se retrouver passablement changé. La plupart des campagnes redeviennent des plaines ou des forêts. Ce milieu aurait d’ailleurs tendance a être encouragé, vu qu’il produit plus de matière organique. Le territoire n’est plus une surface, mais une série de centres urbains reliés par des voies de communication.

La seconde constatation c’est qu’il suffit d’une source d’énergie pour vivre de manière autonome. L’énergie est donc la resource centrale. Doté d’une génératrice, une secte peut vivre en isolation, une unité militaire agir indéfiniment. À son tour cela signifie que ces groupes doivent maintenir le savoir faire et le personnel pour maintenir cette source d’énergie. Faute de cela, ils sont à la merci de la première panne.

La disparition de l’agriculture comme source de nourriture représente un profond changement culturel, semblable à au passage de la chasse ou l’élevage à l’agriculture. Elle requiert comme l’agriculture par rapport à la chasse une plus grande infrastructure, et une société plus complexe. Le rapport à la nourriture est probablement en train de changer, dès le moment ou la nourriture est synthétique, elle peut être n’importe quoi, et non plus se limiter à imiter des aliments existants. Ce genre de changements peut se faire relativement rapidement: la pomme de terre a été introduite en 1785, un siècle plus tard elle s’était imposée, et elle se retrouve aujourd’hui dans de nombreux plats traditionnels.

Au niveau plus global, cela signifie que la limite de population de la terre est sérieusement plus élevée. Une éventuelle colonisation extra-planétaire sera donc plutôt motivée par des raisons politiques, ou le besoin d’autres resources, comme par exemple des sources d’énergie.

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5 thoughts on “De la nourriture dans les sociétés imaginaires.

  1. Très bons points, que je nuancerais en disant qu’il est rare — sauf cataclysme majeur — qu’une société passe radicalement de l’une à l’autre. Ou, en tous cas, pas immédiatement.

    L’agriculture traditionnelle va probablement continuer à exister en parallèle, pendant un certain temps. Il y aura sans doute une longue période d’adaptation, ponctuée par des mouvements sociaux importants (le monde paysan est historiquement très remuant).

    Au bout du compte, la nourriture “naturelle” sera perçue comme, soit un truc de riche (très rare, très cher), soit comme un truc de pervers (“comment pouvez-vous encore tuer des animaux pour vous nourrir? Vous vous croyez au vingtième siècle”) ou, plus probablement, un peu des deux.

  2. À mon avis, la question du passer complètement n’est intéressant que pour les puristes. Pour les vêtements nous ne sommes pas passé complètement au coton, mais suffisamment pour que la production des autres fibres végétales (lin, jute, chanvre) soit devenue anecdotique.

  3. bah

    qu’elle soit de synthèse ou pas, la viande restera au menu de l’être humain. paradoxalement, je dirais même que les espèces animales seront protégées de l’extinction par le biais de leur valeurs nutritive potentielle. personne ne s’intéresse à une extinction qui ne touche pas son assiette.

  4. Pour revenir sur Animonde, c’est uin problème commun à presque tous les jeux de la bande à Croc (surtout en fantasy): il y a des villes, mais pas de campagne.

    On se souvient, dans Animonde, de la province de 10 000 habitants avec une capitale de 10 000 habitants. Mais il y a aussi Pôle, dans Bloodlust (une ville d’un million d’habitants assiégée depuis des lustres), sans même parler des villes de Nightprowler…

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