Emballage en Sac Migros

Paquet Emballé avec un sac Migros / VOI.

Si le recyclage est important, ce n’est qu’un des trois R : réduire, réutiliser, recycler. Si internet regorge de trucs pour réutiliser des consommables, par exemple pour fabriquer un support pour téléphone mobile à partir d’une bouteille de gel douche, ces trucs requièrent outils, dextérité et pas mal de temps. Ils souffrent aussi d’un problème fondamental d’échelle : je consomme bien plus de bouteille de gel douche que je ne peux utiliser de supports à téléphone mobiles – heureusement, la Migros recyclage à présent les bouteilles en plastique.

J’envoie pas mal de choses par la poste, des cadeaux, mais aussi des choses dont je n’ai plus besoin. Parfois le carton que j’utilise est suffisamment solide pour être utilisé tel-quel, mais souvent je préfère emballer le tout dans du papier solide – la boîte en carton que j’utilise n’étant elle même pas nouvelle. Jusqu’à présent, j’utilisais bêtement du papier kraft, mais cela me semblait un peu idiot d’utiliser du papier neuf alors que je recycle tant de papier.

En suisse, les principaux super-marchés (Coop, Migros) ont des sacs en papiers payants (typiquement 30 centimes), l’idée étant d’encourager les gens à les réutiliser. Naturellement, on va parfois en courses de manière impromptue et on achète de nouveaux sacs, les services de livraisons à domicile ont aussi tendance à vous donner ces mêmes sacs. Bref, ils ont tendance à s’accumuler. Or ces sacs sont fabriqués dans un très bon papier, assez épais, solide, légèrement ciré afin de ne pas se déchirer en cas de pluie (un évènement assez commun en Suisse).

J’avais déjà l’habitude de réutiliser des jolis emballages pour les cadeaux, j’ai donc fait l’expérience d’en utiliser comme emballage pour paquet et cela marche assez bien. Il faut simplement ouvrir le fond du sac, puis couper l’anneau de papier (je le fais là ou le papier a été collé), d’enlever les poignées et l’on a une feuille de papier de dimension appropriée pour emballer un petit colis. Rien de diabolique, mais je n’y avais pas pensé plus tôt. J’ai trouvé une explication pour faire des enveloppes à partir de sacs en papier et plastique, mais elle implique une machine à coudre.

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Dirndl

En dehors de l’hexagone

Dirndl

Même si le français est ma langue dominante, j’ai toujours vécu à la limite ou en dehors du référentiel culturel français. Je me trouve parfois impliqué dans des discussions sur les réseaux sociaux – la dernière concernant l’article Nous avons oublié ce qu’est la France. Ces discussions souffrent généralement d’être très franco-françaises, et certaines idées qui paraissent des évidences à l’intérieur de l’hexagone le sont nettement moins en dehors. Je me retrouve souvent à penser, euh, non, sans pouvoir réellement exprimer clairement mes réticences. Comme j’ai l’esprit d’escalier, j’ai écrit ce billet pour essayer de rassembler mes idées.

La Suisse est à la frontière entre les mondes francophones, germanophones, italophones. Sur les quais de la gare de Zürich on trouve des trains allemands, français, italiens et autrichiens. Chacune de ces trois langues est présente dans l’un ou l’autre canton. Outre la langue, les modèles diffèrent : catholique, protestant, ville, campagne. On retrouve ces groupes dans la population immigrée (plus d’un cinquième de de la population), les deux premiers sont les italiens et les allemands (avec environ 15% pour chaque groupe), suivi par le Portugal (≈ 13%), et la France (≈ 6%). Les ressortissants de l’ex-Yougoslavie représentent environ 15%, mais sont généralement comptabilisés séparément.

Même si la suisse est à majorité germanophone, l’influence française a toujours été très importante, le pays dans sa forme actuelle est un résultat de la révolution de 1948, l’unité monétaire est issue d’un système commun français (le ) et les élites du pays ont longtemps préféré Paris aux autres capitales. Cela se ressent aussi dans la langue : le suisse allemand est criblé de mots français. Il est courant pour des artistes suisses de chanter en français (Stefan Eicher, Sophie Hunger).

Cela donne une position intéressante pour observer les différences entres les différentes cultures. Je ne peux pas prétendre être objectif, je me suis moi même déplacé sur ces frontières : né d’un côté, j’ai grandi de l’autre pour revenir en fin de compte du côté germanophone. Ce qui suit ne sont que de simples observations, par nature subjectives et anecdotiques.

Mon impression générale, c’est que l’influence culturelle française a pas mal diminué ces 25 dernières années. Rien de surprenant si on considère la situation géopolitique, pourtant, ce qui me frappe, c’est qu’il ne s’agit pas seulement une question de puissance, mais aussi d’idées : la manière d’aborder le monde, la culture, est très différente. Souvent la narration franco-française semble très éloignée du monde alentours, ce qui limite sa portée.

La première grand différence, c’est la perception du monde, la carte. Selon les définitions l’Europe va jusqu’en Russie, ou bien seulement jusqu’aux républiques baltes. Au sud, elle s’étend jusqu’à la mer noire (Roumanie), et Chypre dans la Méditerranée. J’ai l’impression que beaucoup de Français sont restés à la version du traité de Rome, où la frontière est se trouvait en Allemagne.

La seconde, liée, est la perception du temps : les années 80, avec leurs bizarreries ont été un peu les mêmes partout, les descriptions de la Yougoslavie de l’époque, de l’Allemagne de l’Ouest coïncident assez bien avec ce que j’ai vécu à Genève, à quelques kilomètres de la frontière française. Pourtant d’un côté il y a eu François Mitterrand, de l’autre il y a eu la chute du rideau de fer, la réunification de l’Allemagne, la guerre en Yougoslavie.

Durant ce laps de temps, l’Allemagne est passé de territoire mineur à celui de centre de gravité économique, géographique et culturel. C’est le seul pays qui chevauche l’ancienne séparation est-ouest et qui se trouve donc à l’interface entre deux mondes. Berlin est passé d’une bizarrerie géopolitique au statut de capitale. Comme beaucoup de choses ont été reconstruite, c’est aussi une ville nouvelle, jeune, bref un endroit cool. Là où la ville de Berne a longtemps cherché à émuler Paris, Zürich brigue le titre de petit Berlin.

Dans le discours Français, l’Allemagne est souvent cantonné à rôle économique avec la France comme leader culturel. Cette vision de la culture, indépendante de l’économie me semble très naïve. Lorsque nous avons fait les démarches pour notre mariage, il nous a fallu traduire des documents serbes dans une langue compréhensible par les autorités zurichoises. La traduction vers l’allemand était la moins chère, car la plus commune, plus commune même que l’anglais. Le nombre de serbes allant travailler en Allemagne est tel que le terme Gastarbeiter (travailleur invité) est passé dans la langue courante. C’est la destination la plus prisée parmi ceux qui cherchent un emploi à l’étranger.

Cette influence économique n’est pas nouvelle : la Bosnie-Herzégovine utilise encore des mark-convertibles. Même si ces relations sont d’abord économiques, elles ont un gros impact culturel : au niveau de la langue d’abord, mais aussi au niveau social. L’étalon de la société qui fonctionne parle allemand ; si l’on consulte le classement des villes en termes de qualité de vie, parmi les dix premières, cinq sont germanophones.

Une autre différence marquante est le rôle de la technologie. On parle beaucoup de la NSA et de l’espionnage en ligne, en Allemagne le parti pirate est au gouvernement. La Conférence est une des deux rassemblements mondiaux où ces thèmes sont abordés. C’est plus qu’une conférence académique, on y trouve une variété de thèmes, quelque part entre culture et technologie, de nombreux y tiennent stand. Longtemps basée à Berlin, elle a à présent lieu à Hambourg. La scène démo y porte le titre de Echtzeit Kultur (culture temps-réel).

Lorsqu’on parle de culture, il est très tentant de se centrer sur les classiques, pourtant si on regarde le passé, de nombreux mouvements culturels ont émergé de ce genre de scènes. Ces cultures nouvelles sont aussi des idées que les expatriés peuvent rapporter dans leur patrie, qui a déjà sa propre culture classique – souvent très influencée par la France d’ailleurs.

Le rapport à la culture traditionnelle est aussi différent. Un exemple insolite est le Dirndl ; il s’agit d’une robe traditionnelle portée dans le sud de l’Allemagne et l’Autriche. C’est aussi un vêtement à la mode depuis les années 2000 – principalement pour des évènements comme la fête de la Bière – il est devenu suffisamment cool pour qu’on en trouve sur les sites de vente en ligne ou comme modèle de marques branchées à l’aéroport.

Je trouve cela intéressant car je n’ai pas observé de phénomène similaire dans la monde francophone et ce n’est pas une tendance originaire de Berlin, bien au contraire. Dans la culture française, le seul régionalisme qui est mis en avant concerne la nourriture, on tolère avec peine le fait que les gens du sud aient un autre mot pour le pain au chocolat. Le régionalisme français est aussi très défensif : la tradition locale est faible et fragile, elle doit être protégée par l’État et des mécanismes légaux (AOC).

Le rapport à la langue est aussi très différent. Il y a beaucoup de ressortissants d’ex-Yougoslavie à Zürich, et il est donc courant d’entendre une conversation de ce qui fut le serbo-croate. Cette langue a officiellement cessé d’exister avec la guerre ; chaque pays possède à présent sa propre langue, sa petite académie qui renforce l’identité nationale en accentuant les différences. Évidemment les gens continuent de communiquer, mais on évite de nommer la langue, qui est donc juste la langue.

Si l’allemand est la langue la plus parlée en Europe, elle n’est de loin pas aussi uniforme que le Français, qui connaît très peu de variations à l’intérieur de la France. Il y a de grandes différences entre la langue parlée à Berlin, à Münich ou à Vienne, sans parler du Suisse-Allemand. Les suisses utilisent une expression inspirées du français pour les pommes de terres (Erdapfel/Herdöpfel), les allemands du nord le mot allemand officiel (Kartofeln), les autrichiens le même mot que les hongrois et les serbes (Grundbirne/Grumbeer), même langue, différentes sphères culturelles…

Cela donne une grosse différence d’attitude : d’un côté, des langues parlées dans des pays multiples avec des variantes, la relation entre identité nationale et langue un sujet qu’on évite, de l’autre une langue qui est avant tout le cœur de l’identité nationale d’un pays. Je me suis assez fait corriger mon français (souvent à tort) par un français, ou bien au contraire complimenter parce que je parlais bien le français [pour un étranger] pour considérer la notion de francophonie comme une construction théorique plus qu’une partie de la culture française…

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