Les codes de la poste…

Code DataMatrix du courrier de Cablecom

Si le courrier papier est devenu une sorte de dinosaure, il s’adapte néanmoins et de nombreuses lettres en suisse portent un petit code carré à proximité de l’adresse. Clairement ce code renferme des données liées à l’acheminement du courrier, mais lesquelles ? Cablecom ayant eu l’obligeance de m’envoyer un courrier récemment, c’est une bonne occasion de regarder de quoi il retourne.

Première étape, décoder le code, n’importe quelle application pour téléphone mobile qui comprend le format permet d’extraire les données. Ici on obtient la séquence de chiffres 756803150192692000000000000000004200, ce qui n’est que marginalement plus clair. Heureusement la poste met à disposition la documentation des codes numériques qu’elle utilise, le fichier Barcodes and Data Matrix codes Manual en particulier contient les informations qui nous intéressent : le chapitre Generating data matrix codes décrit le format de données utilisé.

Les trois premiers chiffres contiennent le code ISO de pays numérique, le code pour la Suisse est 756. Les deux chiffres suivants contiennent le code de produit, 80 signifie PostMail le produit de la Poste. Le deux chiffres suivants contiennent le format de code, 31 est un code au format PP Easy avec 36 chiffres, 20 est un code Letter ID sur 36 chiffres, et 21 est un code sur 44 chiffres.

Les huit chiffres suivants, 50192692 contiennent le numéro de client auprès de la poste ESR. Il semblerait qu’il s’agisse d’un numéro à 9 chiffres, mais le dernier sert de contrôle, donc il est omis dans les codes DataMatrix. Les six chiffres suivants sont toujours 0000000 pour les codes PP Easy, dans d’autres formats, il sert à identifier le lot de facturation. Le chiffre suivant est réservé et est toujours 0, les huit chiffres suivants indiquent l’adresse pour le retour de courrier, 0000000 est normal quand le code de contrôle des retours (voir ci-bas) est nul.

Les trois chiffres suivants 420 indiquent le type de produit utilisé, une lettre au courrier A porte le code 001, une lettre au courrier B le code 002, etc. Le code 420 n’est pas défini dans le manuel, mais il semblerait que la Poste a toute une ribambelle de produits, par exemple 311 est pour les références publicitaires de produits. Enfin le dernier chiffre 0 contient les instructions en cas de non acheminement, 0 signifie retour au client sans instructions particulière, c’est la valeur par défaut.

En résumé, ce code ne contient pas grand chose comme information, un numéro de client, le type d’affranchissement, aucune information concernant le destinataire, il s’agit ici juste d’une timbre informatique. Ce que je trouve plus inquiétant, c’est qu’ils n’y a pas le moindre mécanisme de sécurité. N’importe qui peut produire un code valide et utiliser le numéro de client d’un tiers. Une forme de signature cryptographique dans ces codes serait une bonne idée…

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Énergie Grise

Jeton Cryptographique

Facebook, c’est la café du commerce virtuel : on perçoit les conversations à l’orée du cercle social, vagues relations qui discutent de choses et d’autres. Récemment une personne s’étonnait que lorsque la pile de son jeton cryptographique était vide, la poste ne lui a pas remplacé la pile, mais donné un nouveau.

Pour ceux qui ne sont pas familier avec le concept, un jeton cryptographique est un petit appareil qui produit des codes d’accès. En l’occurrence le jeton se débloque avec un code PIN, et produit des codes d’accès que l’on utilise pour faire ses payements en ligne. Ce type particulier peut aussi servir de calculatrice.

Naturellement, sur Facebook, on s’offusque : gaspillage, processus absurde, et quelqu’un mentionne l’énergie grise. Je n’ai pas réellement envie de débattre des coûts pour former les employés de la poste à changer des piles, mais je me suis donc demandé combien d’énergie grise il y a dans ce jeton.

Internet est riche, mais pas au point où l’on peut simplement trouver la quantité d’énergie grise d’un jeton cryptographique, mais j’ai pu trouver l’énergie grise d’un iPod de 300 grammes : 34’037’910 joules, soit environ 34 méga-joules. N’étant pas client de Postfinance, je n’ai pas accès au jeton que la Poste fournit, mais l’UBS en utilise un similaire, il pèse 49 grammes.

Si on interpole de manière linéaire, l’énergie grise du jeton est de 5559525.3 joules, soit 5.5 méga-joules. Cette estimation est probablement trop haute, car ce qui est couteux en énergie dans les appareils électroniques c’est les puces et les batteries. Hors la puce du jeton est bien plus simple que celle d’un iPod qui a beaucoup de mémoire, et ici la batterie est morte. Néanmoins cela nous donne une borne supérieure raisonnable.

5.5 méga-joules, ça nous fait 1.528 KW/h, soit environ 1 CHF de courant solaire à Zürich (tarif 2014). Combien cela donnera si on convertit en distance en voiture ? Une Smart électrique consomme 32 kW/heure pour 100 miles, 1 KW/heure pour 5.028125 km. Cela veut dire que l’énergie grise du jeton correspond à 7 km en voiture électrique. Donc si une personne habite à 3½ km de la poste, et s’y rend en voiture pour remplacer le jeton, elle a probablement utilisé plus d’énergie pour le déplacement que toute l’énergie dans l’appareil…

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Cravate et résolution

Détail du flyer du parti FDP - Die Liberalen – montrant qu'il a été imprimé en basse résolution

Bientôt de nouvelles élections à Zürich, que d’arbres sacrifiés dans ma boîte au lettres pour avoir mon attention ! De fait, c’est le flyer du parti libéral qui a retenu mon attention, mais pas pour les bonnes raisons : il est en basse résolution et apparaît tout flou, on peut à peine déchiffrer le texte…

Si la plupart des écrans ont une résolution proche des 100 DPI (dots per inch), soit environ 40 pixels par centimètre, les imprimantes ont couramment des résolution de 600 DPI, voire 2400. Ce qui parait net à l’écran devient flou à l’impression. Naturellement tous les graphistes dignes de ce nom connaissent ce piège, nous avons simplement affaire à un amateur.

Ce que je trouve intéressant, ces que Markus Spühler et Claudio Zihlmann sont tous deux présentés sur le papier dans les formes, costume, chemise bleue et cravate. À n’en point douter ils portaient des chaussures propres et cirées, bref, ils comprennent et respectent les codes vestimentaires du XXe siècle, mais sont incapables de gérer une communication papier de manière professionnelle – on ne se présente pas dans ma boîte aux lettres, comme ça, à 100 DPI, c’est un peu comme démarcher avec des chaussures sales…

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Slave – Table au moment de l'entrée

Slava

Slave – Table au moment de l'entrée

L’hiver n’est pas la meilleure saison pour visiter la Serbie, mais cela m’a permis de découvrir le Slava. Chaque famille possède un saint patron, et le jour correspondant est fêté par un repas ; on y invite donc les amis de la famille. Saint Nicolas (19 décembre) est très un patron très commun, donc je me suis retrouvé invité à trois slava en l’espace de deux jours.

Techniquement le repas de slava est un repas de jeune, cela veut dire qu’il ne comprend pas de viande, mais cela ne veut pas dire qu’ils vont vous aider d’une quelconque manière dans votre régime : la première chose que l’on vous offre est une forme de purée de marrons. Le reste est à l’avenant : flan de pois, gratin de poisson, salade russe, légumes en salaison, beignets au fromage, poivrons fourrés au kajmak, bref c’est frugal. Le tout accompagné de vin, de Rakı (le terme semble désigner n’importe quoi de distillé), ou de bière. La photo ci contre, n’est que la tablée au moment de l’entrée.

Comme malheureusement le dernier de ces repas a aussi été le meilleur, j’ai eu une série envie de jeuner après…

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Le Musée du Silence

Le Musée du silence

Le Musée du Silence

Le Musée du silence de Yōko Ogawa est un autre de ces livres japonais étranges, perdu quelque part à la frontière du fantastique. Un commissaire d’exposition est engagé par une vieille dame excentrique dans un village au milieu de nulle part : il doit mettre en place un musée d’objets subtilisés à des personnes venant de mourir. S’en suit une lente découverte de sa cliente et de son entourage, du village et du mystérieux monastère à proximité.

Le Musée du silence

Traduction : Rose-Marie Makino-Fayolle
Actes Sud / Babel
ISBN : 978-2-7427-5491-5

Le cadre du récit pourrait servir de décor à un épisode de la 4ème dimension, ce n’est pas le Japon, ce n’est pas l’Europe, c’est, ailleurs… Les personnages sont subtils et ambigus, chacun a sa relation avec les objets, la parole, la mémoire. Le genre du récit reste ambigu : histoire de meurtre, conte fantastique, drame psychologique. Comme souvent dans les romans japonais, la conclusion du livre ne clot qu’une partie des questions. Étant donné l’étrangeté du cadre, j’ai très vite oublié qu’il s’agissait d’une traduction.

En conclusion un livre très étrange, mais prenant.

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Façade colorée à Belgrade

Voyage en Serbie

Hôtel Moscou

La Yougoslavie a toujours été pour moi un pays flou, changeant: lieu de vacances pour mes parents, pendant de la Suisse de l’autre côté du rideau de fer, pays le plus riche du bloc est, dévasté ensuite par la guerre pour être finalement divisé. Deux semaines de vacances en Serbie m’ont permis d’avoir une perception plus concrète d’un des fragments, et de visiter ce qui fut la capitale.

Ma première impression, alors que l’avion se posait, fut l’odeur de fumée omniprésente, non pas à cause des fumeurs (qui sont pourtant nombreux), mais parce que de nombreuses maisons se chauffent au bois ou au charbon, comme au bon vieux temps diraient certains. Un tampon en cyrillique sur mon passeport plus tard, j’étais en Serbie.

Façade colorée à Belgrade

Belgrade a tout d’une capitale européenne : églises et bâtiments public imposants, rues piétonnes où l’on vend des marrons chauds, un parc avec les ruines de la forteresse, des cafés sur les bords du Danube. L’architecture confirme le mélange d’influences : européen et turque pour les vieux bâtiments, soviétique pour ceux du XXe siècle, design international pour les plus nouveaux.

Même si l’unité monétaire officielle est le Dinar, tout le monde accepte les Euros; les plaque minéralogiques ont le format européen : une zone bleue avec le code du pays (SRB) en bas, il ne manque que la couronne d’étoiles. Paradoxe d’une fédération éclatée, dont chaque partie désire à présent rejoindre l’union européenne.

Si à Budapest il était relativement facile de voir les cicatrices des affrontements de 68 sur les murs des édifices, je n’ai pas pu décerner de traces directe de la guerre ni à Belgrade, ni à Niš. Ce qui est clair, par contre, c’est que le pays était riche dans les années 80, mais que toute l’infrastructure a été négligée depuis, un tiers de siècle d’économie au ralenti et d’absence de maintenance se remarquent.

À l’intérieur du pays, nous nous sommes déplacés en bus, il y a des lignes de trains, pour la plupart électrifiées, mais elles sont dans un état si déplorables que les bus sont propres, rapides et fiables en comparaison. Même la ligne du Huit de Šargan, une boucle touristique dans les montagnes opérée par la compagnie nationale de chemin de fer, avait 30 minutes de retard, et ce malgré le fait que plus d’une dizaine d’employés se trouvaient à bord d’un train avec une locomotive et trois wagons. Ce qui est amusant, c’est que les Serbes semblent être convaincus que leur confrères conduisent de manière très dangereuse, clairement ils n’ont pas été en France ou en Italie.

Parlement Serbe de Nuit

À Belgrade il faut éviter les taxis non officiels, qui semblent vivre d’un modèle économique absurde : faire payer plus cher, typiquement le double que les taxis officiels qui sont abondants. Ils compensent en s’imposant de manière bourrue et désagréable. On retrouve les même mendiants que partout ailleurs en Europe, la principale différence, c’est qu’ils ont leur propres faubourgs de torchis, et qu’ils se déplacent avec des chariots tirés par des chevaux. De fait, je me suis senti plus en sécurité à Belgrade qu’à Paris, peut-être une différence de quartier. J’ai été impressionné par le nombre de maisons de jeu, petites ou grandes, plus nombreuses même que les les magasins de chaussures, qui sont pourtant légions.

Sur la route, une grande variété de véhicules, tout ce qui a été construit pour rouler depuis la seconde guerre mondiale, depuis la Yugo jusqu’au dernier modèle de Mercedes, en passant par les Pinzgauer et les bonnes vieilles Renault 4. Une partie des tramways de Belgrade sont des anciennes rames de la ville de Bâle, données lorsque la ville a remplacé son matériel. Tout ce bric-broc de vieux véhicules donne une familiarité à une ville étrangère.

Les alphabets romain et cyrilliques se disputent les murs et le papier, tant qu’il n’est pas toujours évident de savoir lequel est utilisé pour le nom d’une ville, d’une gare routière. On sent que le cyrillique est une partie de la nouvelle identité serbe, mais la langue pullule de mots allemands, français ou anglais.

J’ai trouvé les gens que j’ai rencontré sympathiques, ouverts d’esprit et chaleureux, et même si le pays abonde en petites frappes roulant en Mercedes, on sent qu’on y apprécie encore la connaissance et la culture. Le mot que j’ai le plus souvent entendu pour décrire la situation était катастрофа (Katastrofa), ceux qui le peuvent cherchent un emploi à l’étranger, les autres se reconvertissent comme ils le peuvent, météorologue devenu chauffeur de taxi.

En bref, un voyage très intéressant, je suis curieux de revoir la région en été.

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