Swiss Jass Cards

Arcanes Majeures

Swiss Jass Cards

Créer des définitions est une activité très commune chez les humains, on nous apprend ce qui est bien, mauvais, ce qui est in, ce qui est out, et avec le temps on réalise que ces définitions sont largement bancales. On apprend à l’école qu’il y a 26 caractères, avec parfois des accents, qu’on les assemble de telle ou telle manière, et que cela donne des mots qui forment des textes. Puis on réalise que d’autres cultures ont d’autres caractères, certains représentent une syllabe, d’autres un concept. Puis on se rend compte qu’on comprend tout une série de symboles qui ne sont pas des caractères français à proprement parler.

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Vu que la majorité des textes aujourd’hui sont encodés dans un format numérique, il semble logique d’avoir une représentation de toute la ménagerie de symboles présent dans les textes – tous les textes – mais aussi de ce qui a été considéré comme un caractère pour une raison technique ou une autre durant les quarante dernières années… Unicode est le standard qui régit la représentation des différents caractères dans le monde informatique, chaque nouvelle version apporte son lot de corrections, mais surtout d’ajouts. Chaque fois qu’un nouveau lot de caractères est ajouté, la première question qui se pose c’est s’ils ne peuvent-être unifiés avec des caractères existants, ce qui amène toute une discussion sur la sémantique et l’historique de chaque caractère.

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Le standard contient par exemple une section concernant les cartes à jouer, qui sont encodées dans l’intervalle 1F0A01F0FF. La version 7.0 d’Unicode, qui devrait être finalisée à la fin de l’été 2014, contiendra un ajout pour les arcanes majeures du tarot. Ce qui est amusant c’est que la proposition discute, comme il se doit, des différentes variantes de cartes à jouer et de la question d’unifier ou non les différentes cartes, en particulier les arcanes mineures et les cartes à jouer classique. Ce qui est intéressant, c’est que les cartes à jouer classiques contiennent déjà la distinction entre chevalier et page, vu que le système est supposé supporter les cartes de Jass Suisses, ce qui permet une meilleure unification avec les arcanes mineures. C’est toujours amusant de voir une tradition très locale (les cartes de Jass ne sont utilisée que dans une partie de la suisse) mentionnée dans un standard international.

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Références croisées…

The Great Library of Alexandria – O. Von Corven

Si le web est devenu très présent dans la vie de tous les jours, la manière dont les gens l’appréhendent est assez variable, chacun ayant son propre modèle de la chose, ses propres métaphores. Un aspect très présent dans l’esprit des gens, semble-t-il, est la notion de lieu : le web est un réseau de site qui sont autant d’endroits. Comme toute métaphore, c’est une aide, mais aussi un handicap : il est difficile de la dépasser, de s’en affranchir. Or la distance qui sépare deux pages de sites distincts est exactement la même que celle qui sépare deux pages au même endroit : un clic.

Des expression comme rassembler, mettre au même endroit ne désignent pas des actions dont l’effet est escompté: mettre deux choses sur le même site ne garantit pas qu’elles soient plus proches l’une de l’autre, ou plutôt elles ne seront plus proches que pour l’auteur ou l’éditeur (pour peu que cette notion est un sens sur internet). Pour le lecteur, la seule mesure de distance entre deux pages web est le laps de temps pour charger la nouvelle page après un clic sur l’ancienne. Pour peu que ce ce serveur soit lent ou mal desservi en bande passante, ses pages ne seront pas plus proches les unes des autres, elles seront simplement toutes loin de tout.

Naturellement, sur le web, on peut rassembler sans déplacer, simplement en créant une liste de références, en créant un index. C’est la manière naturelle d’agir sur le web, c’est aussi un travail de tâcheron, titanesque vu l’échelle du web, et qui est de nos jours l’apanage soit d’algorithmes, soit de projets de crowd-sourcing. Pour peu qu’on fasse plus que simplement rassembler des liens avec un titre, qu’on se retrouve à faire des fiches, des critiques, on écrit soit même, et la question de savoir où seront ces textes est de nouveau celle de départ.

En général, quand une personne parle de rassembler sur le web, elle ne veut pas simplement créer des références croisées, elle veut les déplacer sur le même système logique, la même plateforme, le même site. Ce rassemblement implique fondamentalement deux choses : une unité d’apparence, et une unité de contrôle. Cette unité peut-être une excellente chose, la wikipedia offre une gigantesque quantité de données avec une apparence raisonnablement unifiée. Le contrôle est redistribué à la communauté avec un but et des règles raisonnablement claires.

Il existe de nombreux wiki spécialisés qui suivent plus ou moins le même modèle. La majorité périclite et se meurt lentement dans les recoins du web, peu à peu détruite par la lie du réseau. Pour survivre, un wiki ou tout autre plateforme collaborative doit avoir des collaborateurs qui sont prêts à lâcher le contrôle de leur contributions et à se soumettre à l’une ou l’autre règle éditoriale. Souvent ces règles ne sont même pas clairement définies, voir implicitement réduites aux envies et la personnalité du gérant des lieux ; tyrannie de roitelet. Un avantage à rassembler beaucoup de données sur une plateforme est la synergie, connecter les informations de manière à ce que le résultat est plus que la somme des parties, c’est possible mais cela implique un corpus raisonnable, une vision d’ensemble, et un sérieux travail technique. Les synergies, ça ne tombe pas du ciel.

En fin de compte, le gérant d’une plate-forme est simplement un éditeur, dans un monde où les éditeurs sont en surabondance et les auteurs rares, j’ai un myriade de plate-formes à ma disposition pour mes contenus, mais elles sont toute en compétition avec ce simple blog. Lorsque mettre mes contenus sur une autre plateforme est une trivialité, et que le résultat est positif en terme de satisfaction personnelle ou de retours, je le fais, mes cartes sont sur deviant art, mes scénarios sur la scenariotheque, qui sont toujours actifs. Tous les wiki auxquels j’ai contribué ont périclité : celui de Tigres Volants est mort, celui de Rêve de Dragon, l’Oniropædia n’est utilisé plus utilisé que par son auteur.

Lorsque quelqu’un demande, lors de l’apparition d’un nouveau wiki, pourquoi son auteur n’utilise pas une plateforme existante, que ce soit la wikipedia ou une plateforme de lecture comme good-reads, cela n’est pas une insulte, cela peut être une manière simple et polie de demander pourquoi devrais-je vous donner le contrôle de mes contenus, qu’offrez vous de plus que cette plateforme ? Souvent, il n’y a pas de réponse à cette question…

Image : The Great Library of Alexandria par O. Von Corven, domaine public.

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Pompoko / ぽんぽこ

Pompoko

Si les studios Ghibli sont surtout connus pour les films de Hayao Miyazaki, ils ont produits des films de producteurs différents. Pompoko est un de ces films, réalisé par Isao Takahata. Il raconte, dans la bordure du Tōkyō des années 60, la lutte de deux tribus de Tanuki (chien viverrin) contre un projet immobilier qui empiète et détruit leur territoire. Dans la mythologie japonaise, les Tanuki ont la capacité de se métamorphoser et sont des symboles de chance et de prospérité.

Pompoko (1994)
Directeur : Isao Takahata
Durée : 119 minutes.

Le film adopte d’entrée un style documentaire, une voix off commente l’histoire des deux tribus, les présentant dans un contexte pseudo historique, le film commence par une bataille entre les deux clans présenté dans un style de guerre médiévale japonaise. Le style glisse peu à peu vers quelque chose de plus personnel et se centre plus sur des personnages, cela semble être un glissement voulu, peut-être une emphase sur le caractère individualiste des temps moderne, mais cela fait qu’il est difficile de s’attacher aux personnages qui sont nombreux et qui n’ont droit à l’attention du film qu’en cours de film.

Si les décors sont typiques des productions Ghibli, les Tanuki eux-mêmes ont trois apparences très distinctes : une apparence réaliste de chien viverrin – utilisée en présence d’humains, une apparence de personnage mythologique bipède, et une forme intermédiaire, caricaturale qui semble être utilisée dans les scènes de foule et dans les moments comiques, cette technique m’a rappelé les films d’animation du studio Gainax dix ans plus tard, j’ai trouvé son usage moins approprié ici.

Ce que j’ai trouvé intéressant dans le film, c’est que la lutte des Tanuki n’est pas présentée comme une combat tant qu’une lutte interne, ceux-ci cherchant à comprendre les humains, mais aussi à surmonter leur faiblesses, notamment leur tendance à faire la foire à tout bout. Même s’il est présenté comme un film pour enfants, j’ai trouvé le message très adulte – plutôt déprimant pour mon enfant intérieur. Sans surprise, les tanuki ne parviennent pas à sauver leur colline et s’intègrent d’une manière où d’une autre dans la société humaine – à l’intérieur des villes.

La grande ironie, c’est qu’à peu près à l’époque ou le film est sorti, les tanuki ont atteint la Suisse. En effet, cette espèce fut introduite par l’union soviétique en Ukraine aux alentours de 1928, et s’est peu à peu répandue en Europe occidentale.

Outre leur capacité de métamorphose, les tanuki sont, dans la mythologie japonaise, réputé pour la taille de leurs testicules, qu’ils utilisent comme sac, tambour ou parapluie. Le film est fidèle a cette image, et les tanuki utilisent leurs attributs de différentes manières à travers le film, sans que cela soit particulièrement mis en emphase.

En fin de compte j’ai retiré une impression mitigée du film, principalement à cause du mélange de tons et les changements de focus qui brisent un peu la continuité du film. Ce n’est certainement pas un mauvais film, mais ce n’est pas non plus une œuvre majeure.

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Machine morales

Notre société fait une grande différence entre un acte et un non-acte, il est bien plus grave de nuire à autrui en agissant que par de lui nuire par inaction, même si le tort occasionné est en fin de compte exactement le même. Activez une machine qui tue un homme, et c’est probablement un homicide, ne pas éteindre la même machine est probablement de la non-assistance en danger. Même effet, considération légales différentes.

Un système très simple, appelé la pédale de l’homme mort, rend cette distinction caduque : il transforme une non-action en une action. Le but du dispositif est honorable : si le conducteur du train perd conscience, et ne fait pas régulièrement une action, comme appuyer sur un bouton, le train freine. Le principe n’est naturellement pas limité aux trains ou aux véhicules, on le trouve virtuellement dans n’importe quel système vaguement intelligent, c’est une opération triviale à programmer.

Le point clef, c’est qu’une machine peut transformer une action moralement répréhensible en une action moins répréhensible. Est-ce que la distinction morale a un sens ? Suffisamment, en tout cas, pour que certains débattent sur le fait qu’appuyer ou non sur un bouton d’appel de l’ascenseur certains jours de la semaine fasse une différence. Comme nous interagissons de plus en plus avec le monde par le truchement de machines, la distinction entre acte et non-acte va devenir de moins en moins claire.

Ce genre de mécanismes n’est d’ailleurs pas limité à l’électronique, la mécanique ou l’informatique, il est possible de construire la même logique dans n’importe quel système administratif, comme par exemple le système légal. Ainsi on pourrait se retrouver dans une situation où tous les budgets de l’état sont coupés, non pas à cause du passage d’une loi – par une action – mais pour cause d’absence de consensus – une inaction. Cela permettrait ainsi de mettre hors service l’appareil étatique dans son intégralité sans avoir fait le moindre acte, ce qui minimiserait ainsi le poids moral associé à une telle destruction.

Naturellement, personne de censé n’utiliserait une tricherie sémantique aussi grossière…

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