Il faudra repartir

Il faudra repartir

À peu près au même moment ou Alias publiait son billet sur Il faudra repartir de Nicolas Bouvier, j’étais en train de lire ce même livre dans une base nautique à Baltimore, dans le bon état d’esprit pour ce genre de lectures.

Au petit jour on quittait l’Irlande
Et derrière nous s’éclairait la lande
Il fallait bien un jour qu’on nous pende
On the road again, again…

Il faudra repartir est un recueil de textes inédits, notes et carnets de voyages qui ne furent jamais destiné à la publication, seul point commun : chaque texte se situe dans un voyage. Il s’agit clairement de notes, la structure est brute, des symboles remplacent souvent des mots ou des phrases, malgré cela, l’écriture reste très belle. Comme le fait très bien remarquer Alias, les œuvres finies de pas mal d’écrivaillons n’atteignent pas la beauté et la qualité de ces notes.

Il faudra repartir – voyages inédits

Éditions Payot
ISBN : 978-2-228-90737-8

Les différent chapitres, issus de différent carnets, présentés en ordre chronologique, sont très variés : différent lieux, différentes périodes de la vie de Bouvier, différente raison de voyage. J’ai beaucoup aimé le premier voyage vers la Laponie, et les errance de conférencier en province française et en Afrique du Nord, beaucoup moins les notes des errances en Nouvelle-Zélande, peut-être parce que Bouvier interagit moins avec les locaux, peut-être aussi simplement parce que l’endroit est moins exotique.

Malgré tout cela, je pense que Il faudra repartir est une très belle lecture, à recommander à ceux qui aiment Nicolas Bouvier et les récits de voyage.

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Retour à la mer…

Ancienne Gare de Baltimore

Il y a environ 20 ans, j’étais un passionné de voile, et j’étais même moniteur à Rudevent, une école de voile avec pour devise voile et fun en mer. Elle opérait depuis une base sur la baie éponyme sur l’île d’Arz, dans le Morbihan, dans un hangar emménagé à l’origine par les compagnons de la mer. L’école de voile a du quitter le bâtiment qui faisait office de base. Les cours ont d’abord été donné depuis le centre nautique de l’île Tudy, puis à Genève. Depuis 2002, les cours sont donné sur le lac Léman.

Si j’ai adoré être moniteur à Rudevent, les camps à l’île Tudy m’ont laissé un mauvais souvenir, privé de base, en sous-effectif, le cœur n’y était plus. Après avoir servi de chef de camp de facto, j’ai voulu passer mon second brevet Jeunesse & Sport, ce qui fut une autre déconvenue, j’espérais un cours de logistique, savoir gérer un camp, je fus jugé sur un cours de régate pour enfants. On m’invita à quitter Macolin, je n’avais réellement pas le profil requis. Cela mit un terme à mes ambitions de moniteur de voile et je passais à autre chose.

Cela faisait un bon moment que j’avais envie de refaire de la voile, naturellement, je connaissait l’association des , d’abord parce qu’ils ont eux aussi une base sur l’île d’Arz, mais surtout parce que le livre de référence en matière de voile est édité par cette association. J’avais besoin de remettre un pied à l’étrier, j’étais en Irlande pour des raisons professionnelles, un stage à Baltimore semblait tout indiqué.

Baltimore est un nom qui sonne familier, pourtant c’est un tout petit village de quelques maisons colorées, que l’on ne peut rejoindre qu’au moyen de bus épars ou par taxi. La base est située dans une ancienne gare, terminus de la ligne Cork-Baltimore, dont il ne subsiste que quelques viaducs gris et élégants. Une sémaphore rouillé dans la cour et la plaque annonçant le nom de la station sont les seuls indices du passé de ce bâtiment en brique rouge.

Lough Hyne

Dans la base, j’ai retrouvé l’ambiance et les odeurs que j’avais laissé à Rudevent, une salle commune remplie de vieux livres marins plus quelques romans échoués, une guitare, quelques jeux dont il manque assurément la moitié des pions. Odeur de vieilles choses rongées par l’eau de mer, cuisine simple dans des plats en acier. Ambiance un peu morose : c’est la dernière saison, la base va fermer, décision prise en France, on parle de problèmes financiers, cela ajoute à mon sentiment de déjà-vu. Je découvre la bière Smithwick’s au Bushe’s Bar, un pub à la façade rouge pompier.

Tempête

Nous n’avons pas pu naviguer durant les trois premiers jours, une tempête s’étant abattue sur la région, Gale Warning chaque matin à la radio. On a revu la théorie, ce qui était une bonne chose : j’étais pas mal rouillé, j’ai même appris un nouveau nœud. Nous visitons Lough Hyne, un lac magnifique, la vue depuis la colline adjacente est magnifique : petits fleurs jaune et mauve sur la lande. Au sommet, le vent tempétueux vous pousse à terre, on n’oublie pas la tempête qui nous empêche de naviguer.

Glandore

Les trois jours de navigation compensent pour les trois jours à terre : mercredi nous filons vers l’est sous spi, bon vent, temps magnifique, des dauphins viennent jouer à l’étrave du voilier. Nous passons la nuit à Glandore, après avoir mangé une copieuse portion de fish and chips, le poisson est frais, l’ambiance plus bourgeoise qu’à Baltimore, mais la saison est terminée, nous sommes les seuls clients.

En mer

Jeudi nous remontons au près en direction de Cape Clear Island, la mer est rude, et une bonne partie de l’équipage, malade. Mon corps n’a pas complètement oublié la mer, et je m’en sors bien. Nous passons la nuit dans la baie sud, sous la pleine lune, sur la berge, des yourtes mongoles.

Vendredi, retour à la base, le temps est plus gris, le vent plus faible, tours de l’île et descente sous spi, on passe au nord de Sherkin Island, une petite baleine émerge à proximité. Notre but : revenir à Baltimore via The Sound. On tire des bords dans un chenal étroit, avec un courant contraire, bon exercice. L’équipage commence à fonctionner, dommage que ce soit le dernier jour. Quelques exercices d’approche de ponton au moteur, et c’est terminé, on nettoie les bateaux, qui doivent repartir pour la France, probablement pour ne jamais revenir.

RetourBaltimore

Une fois en mer, j’ai réalisé à quel point cela m’avait manqué, j’avais un sourire sur les lèvres pratiquement tout le temps. Clairement j’aimerais y retourner, les camps des Glénans ont l’air sympathiques, peut-être devrais-je retourner sur l’île d’Arz et refermer la boucle…

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La crépuscule de l’âge du feu

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Il est très difficile de faire des prédictions, surtout à propos du futur. Même en matière de progrès technologique, certaines idées prometteuses se révèlent en fin de compte impraticables et d’autres survivent bien plus longtemps que ce que l’on aurait pu escompter. Pourtant, certaines technologies finissent par péricliter  : on n’utilise plus beaucoup la Bakélite ou la transmission par bielles.

Le feu nous est dépeint comme l’une des premières technologies de l’homme, quelque chose de si merveilleux qu’il a fallu le voler aux dieux, certains en font un élément fondamental du monde. Le feu est certainement le préliminaire à la majorité des progrès et des technologies. C’est aussi la cause d’un de nos problèmes majeurs : tout ce CO2 provient de choses que nous avons brûlées : pétrole, charbon, bois, tourbe.

Dans la vie de tous les jours, le feu est de moins en moins visible, je suis toujours chauffé par une chaudière qui brûle du pétrole, mais elle est cachée à la cave, je ne cuisine plus avec des flammes, mais du courant électrique. Le feu ouvert est devenu une sorte de luxe, avec des connotations mystiques. Lorsqu’un système brûle quelque chose, il le fait de manière contrôlée et fermée, pour être le plus efficace possible.

L’idée qu’un jour je ne sois pas chauffé par un système qui brûle quelque chose, ou qu’une voiture puisse fonctionner avec un moteur qui ne soit pas à combustion paraît raisonnable, des prototypes existent. De même on produit de plus en plus d’énergie sans feu : éoliennes, panneaux solaires. Il faudra encore du temps à l’humanité pour se passer des hydrocarbures comme source d’énergie, et peut-être que cette transition n’aura jamais lieu, pourtant elle est possible, et si c’est le cas, nous sommes au crépuscule de l’âge du feu…

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