Religion et Tradeoff

Une manière de reconnaître un ingénieur est le fait qu’il a tendance à répondre ça dépend a toutes les questions. En effet tout problème a typiquement plusieurs variables qui interagissent, l’interaction de ces variables est ce qui décide si quelque chose est possible, raisonnable ou rentable. Le corollaire c’est qu’il n’y a pas de réponse, juste des Trade-off, un terme qui n’existe pas réellement en français, le terme le plus proche, compromis n’exprime qu’un seul point dans l’espace des possibilités, avec en plus une très mauvaise connotation.

Le fait qu’il existe une myriade de solutions à un problème donné – avec une combinaison de variables très différentes – est quelque chose que l’on trouve partout dans la nature, la grande variété d’espèces animales ou végétales revient à cela : chaque niche écologique est une possibilité différente, avec ses avantages et ses défauts, aucune n’est réellement meilleure dans l’absolu, certaines sont plus adaptées à un moment donné où un autre, mais comme l’environnement change en permanence, ce qui était très approprié un jour peut devenir un handicap le lendemain.

Les religions semblent être la négation du trade-off : les dieux sont censés être, sinon parfaits, au moins l’incarnation d’une forme d’optimum. Leurs narrations consistent largement a essayer de cadrer le chaos et l’arbitraire ambiant, d’y injecter un ordre sous-jacent et invisible, un designer bienveillant qui ne fait pas de compromis. C’est une position qui me semble absurde, car elle est fondamentalement en désaccord avec l’univers tel que je le perçois, et oblige a nier d’une manière où d’une autre tout ce qui n’entre pas dans le cadre…

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Boîte d'allumettes décorées de Douglasia Vitaliana

Allumettes

Boîte d'allumettes décorées de Douglasia Vitaliana

Ma grand-mère était de ces personnes qui gardaient un peu tout, même les petites choses. Comme j’ai pris mon premier appartement peu après sa mort, j’ai hérité de toute une série d’objets divers, dont une réserve de boîtes d’allumettes. J’en ai consommé la plus grande partie, et les déménagements ont aidé à disperser celles qui me restent ; parfois, je retombe sur une de ces boîtes.

On ne peut pas réellement dire que les allumettes sont une chose qui a beaucoup changé ces 25 dernières années, pourtant ce qui me frappe quand je fais craquer une de ces vieilles allumettes, c’est d’abord le parfum, je ne sais pas si elles ont été fabriquées à partir d’un bois différent, où si c’est simplement un quart de siècle de stockage qui altère l’odeur, mais elles sentent comme de vraies allumettes. Ce qui est sûr, c’est que le bois brûle plus régulièrement et plus lentement, ce qui normal vu que le bois a eu amplement le temps de sécher.

Si les allumettes n’ont pas réellement changé, la boîte a suivi l’évolution du temps, elle est toujours en carton, ornée d’une image éducative, mais le carton est bien plus fin, et lisse, la piste à gratter est à présent un réseau d’hexagones plutôt qu’une zone uniforme. Le dos de la boîte est le plus intéressant. L’ancienne boîte ne portait aucune indication, le nom de la plante illustrée et un simple code, deux lettres, TA. Les nouvelles boîtes ont une marque : Swedish Match, et quelques indications : il y a 45 allumettes, le bois est du tremble importé de Suède. Un petit texte explique aussi que les têtes d’allumages ne contiennent ni souffre, ni bichromate de potassium, ni oxyde de zinc. Si ça se trouve, ma madeleine à moi, c’est le KClO3

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Les mangues de Mao

Mangue de Mao dans un reliquaire

Samedi dernier je suis passé avec des amies au Musée Rietberg, une des expositions temporaires qui s’est terminée le dimanche s’appelait : La Mangue de Mao – culte des Masses durant la Révolution Culturelle et présente un aspect de la révolution culturelle que j’ignorais : le culte de la mangue. Durant la révolution culturelle, Mao fit cadeau de mangues à certains groupes ouvriers, les marquants ainsi comme privilégiés. À cette époque, la mangue était un fruit inconnu en Chine. Cette marque devint un symbole, qui se retrouva un peu partout, sur différents objets de propagande, mais aussi comme objet de culte, avec notamment des mangues en cire dans des reliquaires.

L’exposition n’était malheureusement pas très grande, mais le sujet me semble fascinant, comment l’absurdité des objets de cultes peut s’appliquer à un fruit, en se concentrant sur sa forme superficielle, et non pas le fruit lui même. Le paradoxe c’est que la culture de la mangue a été introduit d’abord à Taiwan, base des nationalistes, dans les années 60, et sur le continent dans les années 80, bien après la révolution culturelle. Aujourd’hui la Chine est la septième producteur mondial, les reliquaires et les objets kitsch qui ne furent pas détruit quand le vent politique tourna, se retrouvent dans les marchés aux puces…

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Le Roi Mathias sur une île déserte

Couverture du livre «Le Roi Mathias sur une île déserte» avec un africain vouté portant un masque hirsute

Le livre suivant sur ma liste de lecture était Le roi Matthias sur une île déserte de Janusz Korczak. Un texte que j’ai reçu en cadeau, motivé – on s’en doute – par le titre. Il s’agit d’un livre assez différent de ce que je lis habituellement : après une révolution avortée, le jeune roi Mathias a différentes aventures et est exilé sur une île. Il s’agit avant tout d’une réflexion sur le rôle des enfants dans la société et leurs droits ; le texte est plus proche des lettres persanes que des 1001 nuits.

Le roi Mathias sur une île déserte

Traduction : Zofia Bobowicz
Éditions Fabert
ISBN : 978-2-84922239-3

Le style est assez typique de l’époque : mélange de pédagogie, d’humanisme, avec un petit fond de racisme envers les jaunes et les noirs, surtout les cannibales. Le style est aussi très typé : troisième personne, avec des recours réguliers a des entrées de journal intime ou des lettres. Cela dit, malgré la présence de lourdeurs du style pédagogiques, la narration reste prenante, et l’histoire intéressantes. L’écriture est agréable, je pense que cela est dû à un très bon travail de traduction depuis le polonais par Zofia Bobowicz.

En conclusion, une lecture agréable sur un thème important, même si le texte a un peu vieilli.

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Core

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La ville de Core est une petite bourgade coincée dans les méandres d’un fleuve, l’Emprise, et les Bois Rouges, une gigantesque forêt marécageuse. More était à l’origine un village situé sur la berge opposée de l’Emprise, depuis la construction du pont qui les relie, c’est devenu un faubourg de Core, même si certains irréductibles s’entête à se considérer comme indépendants. Les habitants de Core s’appellent les Corons, les irréductibles de More, les Morons. Un proverbe de la ville dit d’ailleurs :  Au Nord c’est les Corons.

Core et More ont été bâties dans les ruines d’une cité d’une second-âge, les maisons sont un assemblage d’éléments de maçonnerie anciens utilisés avec plus ou moins de bonheur. Le rez de chaussée est généralement bâti en pierre, le premier étage ne comporte que certains éléments structurels en pierre (statue, colonne), le reste étant en bois rouge.

Comme les habitants de la ville du second âge adoraient graver des maximes sur leurs bâtiments, le résultat est quelque peu surréaliste, ainsi le fronton de la boulangerie est orné d’un tremblez mortels en runes carrées et le mur gauche de l’échoppe du forgeron contient, en runes rondes, le fragment suivant :  le philosophe avisé… exprime… le poulpe….

Les principales industries de la ville sont la récolte d’une sorte de Naphte appelée la claie de More, la pêche et les vergers. On exporte aussi le bois rouge qui a donné son nom à la forêt au nord de la ville, le Carminaciat. Les anguilles et les écrevisses de Core sont réputée dans la région, et le fruit des figuiers Psycho sont utilisé pour créer un alcool légèrement hallucinogène qui se vend plutôt bien.

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