Une jeune femme avec une robe rouge avec un col en fraise avec à la main un fusil mitrailleur devant une foule qui entoure une locomotive à vapeur.

Un regard pénétrant

Une jeune femme avec une robe rouge avec un col en fraise avec à la main un fusil mitrailleur devant une foule qui entoure une locomotive à vapeur.

Si j’aime bien la science-fiction, j’évite généralement les auteurs français, qui ont tendance à me décevoir. Lors de mon dernier voyage aux États-Unis, j’avais le n°15 du magazine , avec un dossier spécial sur Charles Stross et en tête de sommaire une nouvelle de , Un regard pénétrant. Le nom m’était familier et je me suis dit que c’était une bonne occasion de découvrir cet auteur.

Il est rare qu’une nouvelle de science-fiction parviennent à m’irriter, mais celle-ci est parvenue aux niveau d’exaspération normalement réservé aux pamphlets de partis politiques ou de groupements religieux. Ce qui est un sentiment très désagréable quand on est coincé dans un siège en classe économique.

Avertissement liminaire : je vais à présent essayer d’expliquer la cause de mon irritation, ce qui revient à dévoiler le contenu de la nouvelle. Si vous désirez lire la nouvelle et garder la surprise, ou si vous êtes un fan de Curval, il vaut mieux cesser de lire ici.

Le héros de la nouvelle est un photographe, clairement obsédé par sa caméra. L’histoire démarre avec deux évènements : a) il a perdu sa caméra fétiche b) il est en visite à Venise avec son amante. Le premier élément cause – naturellement – une métamorphose, le second plante le décor d’un festival de clichés et de banalités. Nous avons donc un couple d’intellectuels BOBO qui visitent Venise lors de la biennale, lui est photographe, elle critique d’art. Lui est insupportable, elle n’est décrite que par son truchement, donc insipide. La visite à Venise est principalement l’occasion d’énumérer de manière quasi-clinique des lieux de Venise, de se plaindre des touristes américains, de la destruction par les fast-food, etc. La biennale permet de décrire sans passion des œuvres d’art moderne – ce qui donne un décor abstrait et peu intéressant, mais qui est en parfait accord avec les personnages.

Je pense que le centre de la narration était censé être les émotions du protagonistes, ses sensations, mais entre les longes descriptions ennuyeuses et le style académique, j’ai surtout ressenti de l’ennui. Les deux personnages sont censé avoir une relation intense :

Maria et moi, nous avons l’habitude de dialoguer à l’emporte pièce, sans nous ménager ni l’un ni l’autre. Au profit d’un bon mot, d’une idée saugrenue, ou simplement pour le plaisir d’une conversation animée.

Heureusement que le narrateur le dit, parce qu’il n’y a pas la moindre trace de cela dans le texte, si le héros communiquait avec Maria, la métamorphose cesserait d’être un processus intimiste et qui sait, pourrait devenir intéressante… Pas de risque, il n’essaye pas réellement de lui expliquer, elle ne comprend pas, et garde son rôle passif et accessoire, ce qui permet d’avoir le retournement final.

Je trouve que le retournement final est une figure de style fastidieuse, certains auteurs de science-fiction classique s’en sortent bien, mais dans ce texte, j’ai trouvé la mise en place laborieuse et le résultat peu convaincant : elle n’est ni originale – le spectateur qui se dissout dans l’objet regardé – ni particulièrement convaincante – je n’ai absolument pas ressenti l’obsession du narrateur pour Maria.

Je ne sais pas si cette nouvelle est représentative de Curval qui clairement n’est plus très jeune, mais j’ai trouvé l’histoire médiocre, irritante. Le style lourd très lourd me donne l’impression que l’auteur est plus occupé à prouver qu’il sait écrire de la bonne grande littérature française, avec phrases lourdes, mots compliqués et passés simples, plutôt que de créer quelque chose de fluide et d’évocateur. Cette lourdeur serait moins gênante si le texte s’appuyait sur des concepts intellectuels, mais pour une histoire d’émotions et de sensations, c’est vraiment pénible.

Le dernier livre à m’avoir autant irrité était une langue venue d’ailleurs, donc je commence à soupçonner que j’ai simplement de la peine avec la littérature franco-française, qu’elle touche à la science-fiction ou non.

Si vous voulez lire une bonne nouvelle de science-fiction, je vous conseille, dans le même numéro, de Leonid Kaganov qui vaut à mon avis vraiment la peine.

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