Affiche pour l'Observatoire Urania à Zürich

Observatoire Urania

Affiche pour l'Observatoire Urania à Zürich

À Zürich, il y a une brasserie Lipp, cela n’a rien de très spécial. Au dessus de la dite brasserie, il y a un bar panoramique, nommé le Jules Vernes. Le bar tient son nom du fait qu’il se trouve dans l’ancien observatoire de l’École Polytechnique Fédérale de Zürich (ETHZ), construit de 1861 jusqu’à 1864 par Gottfried Semper. Ce qui est encore plus intéressant, c’est que le dit observatoire appartient aujourd’hui à l’université populaire de Zürich, qui le maintient en service. L’observatoire Urania peut ainsi être visité, soit à titre individuel le jeudi, le vendredi ou le samedi, soit en groupe organisé.

Avec mon équipe de Google, nous avons donc visité l’endroit lundi dernier. Si un télescope construit en 1906 avec une distance focale de 5 mètre situé au centre d’une ville n’est de loin pas l’idéal pour voire les planètes ou les étoiles, j’ai quand même pu voir les anneaux de saturne. Cela dit, même s’il date de plus d’un siècle, le télescope est impressionnant : 12 tonnes de métal dans une coupole en bois, le contrôle se fait à la manivelle, même si un système de tracking automatique a été ajouté. J’ignore si l’endroit pourrait être loué, mais cela ferait un décor merveilleux pour une soirée Steampunk.

J’ai aussi pris quelques photos de l’endroit.

Flattr this!

La course au mouton sauvage

Un mouton devant un papier peint avec des fleurs rouges.

Il y a fort longtemps, j’ai vu au cinéma une adaptation de la pièce de théatre Rosencrantz & Gildenstern are Dead, l’idée est assez intéressante : présenter un histoire connue (Hamlet) depuis le point de vue de personnages mineurs. Le roman de Haruki Murakami La course au mouton sauvage semble avoir reproduit par accident cette structure, ou tout du moins le besoin pour celle-ci.

Durant la fin des années 70, un publicitaire tombe par hasard sur une étrange conspiration, et doit partir en quête d’un mouton mythologique. Le livre est structuré assez étrangement, mais peut, à mon avis, être divisé en deux grande parties : la première narre les errances du protagoniste, la seconde, la quête du mouton sauvage à proprement parler. Si j’ai beaucoup aimé la seconde partie, que j’ai lu d’un trait, j’ai eu beaucoup plus de peine avec la première. En fait, si j’ai trouvé l’histoire très intéressante, le personnage m’a semblé sans le moindre intérêt. Ici j’aurais largement préféré que la narration provienne d’un autre personnage de l’histoire : la girlfriend aux oreilles fascinantes, le chauffeur de la mafia et son téléphone vers dieu.

La course au mouton sauvage

Traduction depuis le japonais : Patrick de Vos
Éditions Points
ISBN : 978-2-02-056228-7

L’explication du deuxième de couverture est un peu trompeuse La vie du narrateur, jeune cadre publicitaire à Tōkyō, n’a rien d’exceptionnel.. Sans être exceptionnel, le narrateur semble avoir un passé intéressant, mais celui-ci n’est évoqué qu’en filigrane, car la narration tourne invariablement autours du vide existentiel qui semble le définir. Il est assez ironique de savoir que ce passé est décrit dans des romans qui n’ont jamais été traduits. Autours du narrateur, bizarreries et deus ex machina s’enchaînent sans qu’il réagisse réellement, tout au plus consomme-t-il des bières en quantités qui forceraient le respect d’un héros de Tim Powers. Le seul acte de courage dont il fait preuve a pour but d’avoir quelqu’un qui s’occupe de son vieux chat.

Le résultat est quelque chose de bizarre, un voyage initiatique petit bourgeois et mou, avec une narration largement détachée, qui devient assez rapidement ennuyeuse. Le décor de l’histoire est lui aussi très fade : le japon de la fin des années septante, décrites avec indifférence, jonchées de références qui m’échappent sur un fond sonore qui me semblait craquelé et acratopège (peut-être même du Jazz).

Peut-être que le style plat et abstrait qui ressort en français est voulu, mais je n’ai pas trouvé le résultat très impressionnant. Si je n’ai pas vu de problème de traduction patent, j’ai remarqué des coquilles, ce qui, ceux qui me relisent peuvent en témoigner, est plutôt mauvais signe.

J’ai trouvé ce livre assez médiocre. À l’instar de La fin des temps, il y a des idées très originales, mais elles sont écrasées par le vide existentiel du narrateur. Je ne pense pas que dans le cas de ce livre, je puisse blâmer la traduction, je pense plutôt qu’il y a quelque chose dans les goûts de Murakami qui me déplait. En conclusion, un bouquin qui n’est vraiment pas du niveau de Kafka sur la Berge, et qui m’a surtout donné envie de retrouver le DVD de Rosencrantz & Gildenstern are Dead.

Flattr this!

Le vaisseau spatial VDS Carnotzet avec deux chasseurs d'escorte sur fond de planète

La guerre des romands

Le vaisseau spatial VDS Carnotzet avec deux chasseurs d'escorte sur fond de planète

Il y a quelques temps, je parlais du film de science fiction suisse , en affirmant que c’était probablement le seul film de science fiction suisse qui serait jamais tourné de mon vivant. Alias a fait remarquer, fort à propos, qu’il y avait aussi La Guerre des Romands.

J’avais vu la bande annonce sur le ouèbe ainsi que les petits films d’animation qui sont les précurseurs de ce film, quatre épisodes des Valaisans dans l’Espace, ils m’avaient suffisamment fait rire pour que je commande le DVD. Le créateur de ce film, n’est autre que Hatman, un ancien de Couleur 3, la radio suisse-romande pour jeunes qui fête son trentième anniversaire cette année.

Comme le titre l’indique, le film parle surtout des romands et de leurs interactions, chaque canton étant un vaisseau spatial, avec des équipages typiques. L’action tourne autours du VSS Couchepin qui affronte le navire vaudois VDS Carnotzet. L’intrigue n’est pas très importante, les effets spéciaux très simples, et les acteurs ne font pas exactement du Shakespeare, mais ce n’est pas très important, le film est surtout une caricature des caractères et des interactions entre les différents suisse-romands, leur différences, leur caractères, leurs accents.

Là où les épisodes animés se concentraient exclusivement sur les valaisans, le film dépeint aussi avec une certaine finesse les vaudois, procéduriers et pris dans une utopie où la fête des vignerons est permanente. J’ai bien aimé le contraste entre les valaisans, resté dans la série Star Treck originale et ses pyjamas, là où les vaudois semblent plus dans la période Babylon 5.Le film est court (30 minutes), et même si je comprends que ça n’aurait pas été possible avec les moyens disponibles, j’aurais aimé voir plus des autres cantons, réduits à leurs vaisseaux et leurs capitaines.

Est-ce que La Guerre des Romands a le moindre intérêt pour des personnes qui ne connaissent pas la Romandie et ses divisions. Je n’en sais trop rien. Pour les autres c’est un film très amusant (même ma mère a rigolé).

Flattr this!

Écritures

Une des discussions qui semble revenir de manière récurrente dans ma vie est est-ce que X est un art ?. Cette question m’a toujours ennuyée car elle parvient, en même temps, à n’avoir aucun sens, et une signification très marquée.

La question n’a aucun sens car définir la notion d’art est très difficile, ses frontières sont mouvantes, et toute définition tendra soit à exclure beaucoup d’activités, qui sont, d’une manière ou d’une autre reconnues comme de l’art, ou bien au contraire à inclure à peu près toutes les activités humaines. Bref, on se retrouve devant une définition incorrecte ou bien une tautologie.

La question a une signification très marquée, car en fait, quand quelqu’un demande si l’activité X est un art, ce qu’il demande réellement est : Est-ce que l’activité X a droit à la reconnaissance sociale qui est de manière traditionelle associée avec l’art. C’est peut-être un détail pour moi. Mais pour certain ça veut dire beaucoup. À mon avais, la problématique peut-être expliquée par la table suivante.

Statut des activités
Artistique Non-Artistique
Rémunéré Artiste Travailleur
Non-Rémunéré Artiste Flemmard

Un artiste qui ne gagne pas sa vie de son art reste un artiste, quelqu’un qui ne gagne pas sa vie de son activité non-artistique, c’est juste un flemmard. Un simple changement de définition et hop ! On passe d’un statut plutôt bien vu (artiste) à un statut méprisable. Il y a une étrange frontière qui sépare les artistes certifiés du type qui fait des pyramides bariolées de canettes de Red bull™ vide, avec toute une populace d’artistes qui tentent d’y placer des marques, des jalons, pour clairement se démarquer. Aujourd’hui, l’astronomie n’est plus un art, elle l’était à l’époque antique, o tempora o mores.

Pourquoi est-ce que je vous parle de cela ? Parce que j’écris. D’après la doxa, c’est une activité artistique (n°6 selon Étienne Souriau), le problème c’est que le spectre de ce que j’écris déborde sur les côtés : articles, nouvelles, thèse, billets de blog, haikus, tweets, scénarios de jeu de rôle, histoires, journal intime, programmes, correspondance.

Pour beaucoup de gens, ces activités tombent dans des catégories distinctes et, si certaines sont reconnues comme artistiques, d’autres ne le sont généralement pas. Or, pour moi, toutes les formes d’écriture sont intiment liées, tout ce que j’ai appris pour l’une a profondément influencé les autres. Dans tous les cas, il s’agit d’écrire un texte pour obtenir un certain effet. Parfois le but est de toucher une personne très particulière, parfois il s’agit d’expliquer une thèse sur un thème scientifique précis, parfois le but est de faire ressentir une émotion précise mais fugaces à tout à chacun, parfois il s’agit des plans d’un système informatique complexe.

Écrire, c’est reviser, élaguer, simplifier, clarifier, chercher s’il existe un meilleur vocabulaire, une meilleure métaphore, un meilleur vocabulaire. Programmer, c’est exactement la même chose, simplement on écrit pour deux publics, les programmeurs qui vont relire et modifier le texte après moi, et le compilateur qui le traduira en language machine. Cette indirection est aussi présente lorsqu’on écrit une pièce de theatre, ou un scénario de jeu de rôle. L’écriture se fait indirecte, il faut écrire en prenant en compte le maître de jeu, le compilateur le régisseur, en lui donnant les indications pour qu’il fasse son travail au mieux.

Le monde de l’écriture a cela de particulier qu’il est en général plutôt étroit. Là où un bon musicien sait en général jouer de plusieurs instruments, l’écrivain ne parle en général qu’une langue. Là où le peintre sait utiliser plusieurs medias, plusieurs formats, l’écrivain se cantonne très facilement à un seul genre. La spécialisation est nécessaire s’il ont veut exceller, mais si l’ont perd les autres techniques de vue, on restreint son horizon. Voir comment les phrases peuvent s’assembler différemment, les sensations exprimées autant d’atouts à lire et écrire dans d’autres langues.

Beaucoup de gens excluent la programmation des arts de l’écriture. En général, ils ne savent pas programmer. C’est une forme particulièrement difficile, car le language est double, une partie destinée à un programme, une machine, l’autre aux autres programmeurs (ce qui inclut très souvent le moi futur). Par certains aspects, cela ressemble à une correspondance épistolaire superposée à une partition pour méga-orchestre. Le compilateur est un lecteur difficile, impitoyable sur la syntaxe, incroyablement zélé, en réduisant la forme, en comprenant les aboutissants, on peut écrire des merveilles dignes d’un haiku.

Mais, me répondront les critiques, un code informatique est utile, il a une raison d’être fonctionnelle, et il est créé pour des raisons lucratives. Si l’on devait considérer comme non-artistique tous les textes qui ont été écrit avec un but ou une arrière pensée lucrative, il ne resterait pas grand chose, si ce n’est la fan-fiction, la plupart des écrivains aspirent à la reconnaissance et de pouvoir vivre de leur plume, ce qui est naturel, on voudrait tous vivre en faisant ce que l’on aime. À l’opposé, un important corpus de code informatique est totalement gratuit, leur auteurs renonçant à tout jamais de recevoir des droits d’auteurs ou toute autre forme de compensation sur leur création. De même il existe des programmes qui ne servent à rien, un exemple intéressant est le monde des demo. Ce sont des programmes écrits pour être jolis, tout en respectant des contraintes parfois extrêmement sévères. L’animation ci-contre est écrite avec 4096 caractères…

Soit, me contreront les critiques, mais à la fin il s’agit juste d’écrire une séquence d’instructions qui seront interprétées pour obtenir un joli effet. Oui, exactement comme le travail d’un compositeur. Ce Bach, ce n’était clairement pas un artiste, c’est d’ailleurs pour cela qu’il fascine autant les informaticiens et les mathématiciens.

Flattr this!