La Suisse en un schéma

Principe Consensus
Extraverti France Italie
Intraverti Allemagne Suisse

Comme j’interagis avec beaucoup d’expats, je me retrouve souvent à essayer d’expliquer comment marche la Suisse. Expliquer son propre pays n’est de loin pas aisé, surtout quand on n’es pas politologue, sociologue, ou une autre sorte de logue. Néanmoins on finit par accumuler quelques explications simples pour donner quelque idées de base. La première explication c’est qu’en Suisse toute question à la même réponse qui est techniquement correcte, mais absolument inutile  : « ça dépend du canton  », à peu près tout sujet digne d’une conversation, religion, cuisine, enseignement, déneigement des routes ou taxation dépend du canton.

Une explication plus utile et plus intéressante m’a été donnée par une amie  : au nord de la Suisse, il y a l’Allemagne, un pays qui a en surface des règles, et en pratique les gens s’attendent à ce que ces règles s’appliquent. En Italie, il y a aussi des règles en surface, mais personne ne s’attend réellement à ce qu’elle s’appliquent en pratique, tout est réglé en dessous. En suisse, il n’y a pas de principe en surface, tout est réglé par la négociation.

Évidemment, lorsque j’ai répété cette idée, on m’a immédiatement objecté : «Oui, mais les français ? », après un peu de réflexion et un trajet à vélo, je suis arrivé à la table ci-contre. Comme toute simplification, elle est terriblement réductrice, une caricature pour expliquer quelque chose de terriblement complexe en une seule table. Si vous désirez quelque chose de sérieux, cherchez plutôt un texte écrit par quelqu’un qui a un titre qui se termine en logue.

Pour les autres, voici l’idée : le tableau présente la Suisse et ses trois gros pays adjacents, mille excuses aux autrichiens pour les avoirs ainsi exclu. Les cultures sont classées selon deux critères. Le premier c’est si la société est plutôt intravertie ou extravertie, il suffit de comparer les niveaux de glamour et de présence publique des dirigeants italiens ou français avec leur collègues allemand ou suisse pour comprendre de quoi je parle. Le second critère est si la société privilégie les principes ou les arrangements pratiques.

Clairement l’Allemagne et la France sont des pays à Principes, en surface l’Italie l’est aussi, mais juste en surface, en dessous tout le monde s’arrange. En Suisse, le consensus domine, au point que la langue dominante, le Suisse-allemand, n’est pas tant une langue qu’un compromis linguistique. Le système politique n’est guère plus qu’une collection de mini-États liés par des traités complexes, plus proche des cités-états italiennes que d’un royaume unifié comme la France.

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Rejouer le XIXᵉ siècle…

Article 10
La présente convention ne déploiera ses effets qu'après l'entrée en vigueur des deux conventions suivantes :
1) la convention entre le canton de Genève et la compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, mentionnée à l'article premier ci-dessus :
2) la convention entre l'administration des chemins de fer fédéraux et la compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée pour la circulation des trains sur la ligne de Genève à la Plaine et pour leur admission dans la gare de Genève-Cornavin.
Art. 11
Les ratifications légales de la Confédération et du canton de Genève sont réservées. Si ces ratifications n'intervenaient pas de part et d'autre jusqu'au 25 décembre de l'année courante, la présente convention serait nulle et non avenue.
Ainsi fait à Berne, en deux doubles, le 7 mai 1912.
Au nom du Conseil fédéral suisse : [signatures]
Au nom du Conseil d'État du canton de Genève : [signatures].

Il y a maintenant cinq ans, j’avais écrit un billet une autre troisième voie où je faisais remarquer que techniquement, alors que tous réclament à grand cris une troisième voie ferroviaire entre Genève et Lausanne, il en existe une qui rouille à l’abris des regards.

J’ai découvert par hasard une association qui propose en 2012 la même chose que je moi il y a quelques années : créer une voie entre la ligne du pied du Jura à Saint-Genis Pouilly et la ligne CFF près de Satigny. Je trouve intéressant qu’ils soient arrivés exactement au même conclusions que moi de manière indépendante – en tout cas, il ne citent pas mon blog. Dans tous les cas, je souhaite bonne chance à cette association.

Si je regarde le réseau de train autours de Zürich, de nombreuses lignes datent de l’époque des pionniers du rail, l’actuel S41 utilise les voies construites pour relier Winterthur à Bâle, le S4 la voie qui transportait aussi les marchandises jusqu’à l’usine de bière Hurlimann. Le trajet du CEVA n’est que la réalisation d’une convention signée le 7 mai 1912. La nouveau tunnel du Gothard est la version du XXIᵉ siècle du projet d’Alfred Escher.

C’est comme si notre société reprenait la construction des infrastructures au point où elles ont été laissées il y a un siècle. Ce que je trouve intéressant, c’est que la mode suit le mouvement : alors que nous reprenons les projets de ces Messieurs portant chapeau et redingote, la mouvance steampunk semble se populariser. C’est comme si certains types de projets ne peuvent être conçus que si l’on porte la tenue appropriée…

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Mots utiles : Adret & Ubac

C’est un coup à se planter ça ! De toutes façons, on dit le Nord ! Selon comme on est tourné ça change tout !

Perceval

Si le suisse romand n’est pas de loin pas aussi distant du français de France que le Suisse allemand l’est de l’allemand d’Allemagne, il m’arrive parfois encore d’utiliser un terme que les français ne comprennent pas. Parfois, c’est moi qui ne connaît pas tel ou tel vocable. Aujourd’hui, j’ai appris deux mots spécialisés, certes, mais fort utiles : adret et ubac. Ils désignent respectivement le côté ensoleillé et le côté ombragé d’une vallée. Je trouve ces mots aussi pertinents qu’amont et aval.

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Une épée, une guitare, un fusil devant un heptagramme

Journal d’un Siyan

Une épée, une guitare électrique, un fusil devant un heptagramme

Ce texte est une tentative pour écrire une petite nouvelle dans l’univers du jeu de rôle Tigres Volants que j’ai écrit quelque part entre 2000 et 2003. Le but était de présenter le monde de manière pas trop ennuyeuse, le feeback n’avait pas été trop mauvais, mais je ne l’ai jamais continuée, principalement parce que j’étais bloqué, je pense que j’étais arrivé au bout de la bonne idée initiale, i.e. présenter l’univers avec une perspective inversée, celle d’une créature reptilienne et marchande présente dans l’univers. J’ai récupéré ce fichier sur la wayback machine et quelque peu nettoyé  : j’ai ajouté un peu de ponctuation et corrigé quelques fautes d’orthographe.

Entrée n°1

Nous nous approchons de la Terre, d’après nos rapports, l’objet se trouve ici. Nous ne savons pas combien de temps nous avons avant que le clan Virdel découvre l’affaire et rapplique. La bonne nouvelle, c’est qu’ils ne seront pas beaucoup plus avancé que nous sur cette planète de fous. D’après ce que nous savons, l’objet a été récupéré par un terrien, un mercenaire qui ignore très certainement sa vraie valeur. Notre vaisseau est suffisamment petit pour se poser en dehors des star-ports, sur un simple aéroport. Nous devrions nous poser dans deux jours dans l’entité politique nommée NAUS. Je fais principalement ces enregistrements textuels au cas où il m’arriverait malheur, afin que mon clone puisse poursuivre au mieux ma mission. Je suis accompagné par Illanel qui a une certaine expérience des humains – elle parle même certains de leur langages.

Entrée n°2

Nous sommes arrivés hier, et n’avons pas été aussi discrets que j’aurais aimé. Il semblerait que peu de marchands de denrées de luxe se posent sur ce Star-Port, et sur cette planète en fait. Néanmoins les officiels n’ont pas fait de problèmes, ils semblent plutôt faire des efforts pour attirer des commerçants. Les terriens semblent être très pauvres, ce qui semble expliquer le désintérêt commercial dont souffre la planète.

La ville où nous nous trouvons s’appelle New-York. C’est une ville très intéressante, qui ressemble très peu aux cités Eyldarin, ce qui m’a surpris en bien. Si les humains semble affectionner la symétrie que nous avons appris à associer aux mammifères, les habitants de cette cité semblent avoir dépassé ce stade  : ils brisent régulièrement et systématiquement la symétrie et l’ordonancement. Les bâtiments sont conçus de manières régulières et très géométriques, des volontaires, à ce que j’ai compris, viennent sur leur temps libre repeindre gratuitement la ville afin d’améliorer son esthétique. Une autre bonne surprise fut au niveau olfactif, les Elydar aiment bien des odeurs biologiques, mais parfaitement limitées et contrôlées. Les humains, ici, cultivent un système de canalisations très actives biologiquement. J’ai à certain moment cru être dans mon marais natal.

Je dois aussi insister sur le fait que les affirmations des Eylda que les humains sont dénués de sens social sont totalement infondées. Outre les activités artistiques déjà mentionnées, j’ai découvert une pratique aussi intéressante qu’amusante. L’administration de la ville est pauvre, ce qui veut dire que les infrastructures de transports sont en mauvais état. Dans une pratique sociale très intéressantes, les humains ont entrepris de refaire les revêtements des rues en utilisant une gomme spéciale. Toute la population est mise à contribution : les humains mâchent cette gomme afin de la préparer et déposent la matière préparée sur la chaussée, formant ainsi un revêtement qui forme une mosaïque très intéressante (et d’après ce que j’ai entendu – en couleur!).

Entrée n°3

Illanel nous a trouvé un guide local. C’est humain très vif, mais tout petit – il parait frêle à côté d’Illanel. J’ai tout d’abord cru qu’il n’avait pas atteint sa maturité, mais Illanel prétend qu’il est adulte – quoi que je dois avouer que son intonation laissait entendre qu’elle n’était pas elle-même convaincue. D’après ses réactions à Illanel, je pense que c’est un mâle. Je suis curieux de voir ses pratiques nuptiales.

Je dois dire que cet humain m’est très sympathique, il est très communicatif et fait de gros efforts pour apprendre le Siyani. Dès qu’il a appris que ma montre était faite sur mesure pour moi sur Czlastrill, il m’a expliqué une coutume locale, où des humains s’échangent leur dispositifs pour mesurer l’heure. Il m’a expliqué que sa montre est une véritable de la République de Duttweiler – je ne sais pas où c’est, mais cela semble avoir son importance – je lui expliqué qu’une montre venant d’une planète à des années lumières avait certainement plus de valeur qu’une venant d’un endroit sur la même planète. Il a insisté que c’est une tradition très importante – nous avons donc procédé à l’échange. Sa montre est lourde et très primitive, elle fonctionnerait avec un système mécanique ! En plus ils en tirent une fierté ! Enfin ce n’est pas très grave, je devais de toute façon jeter la mienne, sa réserve d’énergie arrivait au bout.

Entrée n°4

Nous faisons du progrès – aujourd’hui le petit humain, qui s’appelle Greg, a commencé à chercher notre cible. Il a pour cela été voir tout ses contacts. De base, les humains semblaient plutôt réticents, mais la plupart étaient facile à convaincre avec un peu d’argent – mais je soupçonne Greg d’avoir menacé physiquement certains de ses interlocuteurs – ou plus exactement, il a menacé que je risquait de les frapper physiquement. Je dois avouer que j’ai été blessé par cette idée, jamais je ne frapperait un individu pratiquant la noble activité d’échanges d’idées.

Nous avons profité de la journée, Greg et moi pour pratiquer quelques échanges, c’est pour moi l’occasion d’entraîner ma pratique de la langue locale. Greg m’a vendu une arme aux formes intéressantes, deux balles de base-ball signées ainsi qu’une jolie miniature de la ville dans une bulle en verre très intéressante (lorsque l’on retourne la bulle il neige, vraiment adorable), tout cela contre la majorité de mes parts d’un complexe industriel sur Presidium. Greg avait l’air très content.

Greg a trouvé un endroit où nous avons une chance de trouver notre cible. Son contact serait difficile à corrompre, mais aurait un faible pour les femelles (j’en déduis que cela doit être un mâle, bien qu’on m’ait dit que cela ne soit toujours le cas). Le plan de Greg était d’utiliser Illanel comme appât. Celle-ci n’était pas très enthousiaste, mais faute de meilleur plan, nous allons essayer. Je dois avouer que je me réjouis de voir une scène de parade nuptiale humaine. Vu leur tempérament enflammé, cela risque d’être plus intéressant que chez les Eylda.

Entrée n°5

Les activités de la période nocturne ont été très intéressantes. Si nous n’avons pas trouvé notre cible, nous savons où la trouver. Nous nous sommes rendus au lieu indiqué par les contacts de Greg, un endroit ou l’on sert des boissons et ou des humains font des danses distrayantes. Greg devait entrer avec Illanel, et moi je restais en arrière pour intervenir au bon moment.

J’ai été terriblement déçu par la parade nuptiale des humains. Illanel devait se préparer pour l’occasion, je m’attendais donc à une tenue complexe avec des décorations brillante. En fait, Illanel portait simplement une tenue sombre très moulante, avec ces chaussures que les petits humains portent pour s’agrandir – bien que dans le cas d’Illanel cela ne soit pas nécessaire. De même, elle n’a pas fait de danse particulière, elle s’est simplement assise dans un coin, a pris une pose très statique et fait semblant de se désintéresser de tout ce qui se passait dans l’endroit. Vu l’attitude de Greg, Illanel avait, malgré les apparences, respecté le rituel : Greg été très impressioné, au point de foncer systématiquement dans les poteaux. Je pense que l’attrait de cette tenue se trouve dans le jeu de réflexions que le matériau moulant offre – preuve là encore que les humains sont bien plus sophistiqués qu’on le croirait.

Finalement, le bon mâle a approché Illenel, et elle a entrepris de lui parler pour obtenir les renseignements qui nous intéressaient. Malheureusement, les compagnons du mâle voulaient l’empêcher de parler ce qui a dégénéré en bagarre générale. Greg s’est retrouvé coincé sous une table et Illenael étalée par terre – elle n’a visiblement pas l’habitude de ces chaussures. Je suis donc entré pour régler la situation, heureusement se battre contre les humains n’est pas très difficile, ils ne sont pas très forts, et n’ont aucune idée en arts martiaux – ils frappaient systématiquement des endroits sans aucune importance, notamment un point entre mes jambes. L’un d’entre eux avaient une arme cinétique comme celle que Greg m’a vendue auparavant, mais mon écran a tenu bon.

Après avoir jeté un humain par une fenêtre, la situation s’est calmée. Suite à quelques instants de négociation, j’ai obtenu d’un humain que lui et ses amis maintiendraient le calme pendant que nous discutions avec notre contact. En échange, je lui ai donné la montre de la république de Duttweiler de Greg et le numéro de communicateur d’Illenael. Je pense qu’il veut faire affaire avec elle.

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La bibliothèque infinie

Dans les livres du Disque Monde, Terry Pratchett décrit la bibliothèque de l’université de magie de Ankh-Morpork comme étant quasi-infinie, contenant non seulement tous les ouvrages écrits, mais aussi ceux qui auraient pu être écrits, ce qui fait que certains étudiants étaient tentés d’y chercher leur mémoire de diplôme, sans réaliser qu’il serait probablement plus facile d’écrire le dit mémoire. Ce qui est intéressant c’est que nous sommes en passe d’avoir une bibliothèque similaire.

Traditionellement, l’édition suit un cheminement assez simple, l’auteur conçoit le texte, une forme d’édition à lieu, et le livre était placé dans une bibliothèque, ou les érudits vont les chercher et les lire. Le monde de l’édition a quelque peu évolué depuis le système dicter à son esclave qui écrira sur une tablette de cire, l’ordre des choses n’a pas changé: conception → édition → publication → recherche → lecture. Et puis est arrivé le web.

Comme toutes les métaphores, l’idée de page web est en même temps une aide et un piège. Cela permis de rendre accessible et compréhensible un concept technique complexe, mais cela conforte les gens dans un modèle qui n’est pas exact. En apparence une page web est comme une fraction d’un livre : il y a une référence l’url et si on a l’url on peut retrouver la page. Cela parait simple, mais cette métaphore occulte un fait simple : de nombreuses pages n’existent pas à proprement parler avant qu’on les référence.

Un serveur peut donc contenir un nombre infini de pages. L’exemple le plus simple est un serveur de calendrier, si on lui demande, il peut offrir la page correspondant à n’importe quel jour du futur, elle ne contiendra probablement que des informations prévisibles, comme le fait qu’il s’agit de la Saint Gudule et que la lune sera pleine, mais il y a aura une page. Ce qui est important, c’est que l’acte de chercher la page a causé sa publication.

L’ordre des choses est soudainement inversé: la recherche provoque la publication. Jusqu’à présent, le fait de demander si un livre existe dans une librairie n’a jamais causé son existence. L’édition devient quelque chose de zen, « si un ouvrage est publié, et que personne ne le cherche, existe-t-il réellement  ? » Soit, me diront les traditionalistes, mais ces pages, ce ne sont pas des livres, tout au plus des pages de calendrier. C’est vrai pour le moment, mais la limite va vite se brouiller : d’une part les liseuses électroniques effacent la limite entre un livre physique et un texte électronique comme une page web, de l’autre les algorithmes sont de plus en plus avancés, et l’on passe tout gentiment de « donnes moi le calendrier du 13 février 2047  » à « donnes moi la version de Beowulf en français québécois ».

Impossible ! me rétorquera-t-on, un ordinateur ne pourra jamais gérer les subtilités d’une traduction ou d’une adaptation, c’est discutable, historiquement les machines n’ont cessé de faire des choses qu’on pensaient réservées aux humains, en vérité ça n’a pas d’importance, vu que les ordinateurs de nos jours peuvent utiliser des humains. Il suffit de changer un problème insoluble pour un humain en une myriade de petits jeux et des les humains les résoudront gratuitement pour gagner qui un cochon virtuel, qui une nouvelle tenue sexy pour son avatar.

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Une jeune femme en corset bleu tenant une montre gousset par le cordon, devant la tour de Londre et la pleine lune

Sans Âme : Une aventure d’Alexia Tarabotti

Une jeune femme en corset bleu tenant une montre gousset par le cordon, devant la tour de Londre et la pleine lune

Cela faisait un moment que j’entendais parler de et j’étais assez curieux de voir à quoi cela ressemble, pensez donc : une sorte de fantasy-urbaine avec comme public cible des femmes. Lorsqu’une amie m’a proposé Sans Âme : Une aventure de d’Alexia Tarabotti j’ai sauté sur l’occasion, c’est un peu comme faire le test du Elle, quelle genre de femme êtes-vous ?, même si je ne suis pas le public cible, le résultat est souvent amusant. Attention, le contenu de ce billet risque de révéler des secrets sur l’histoire.

Mon impression générale est celle d’une mécanique efficace, quoique peu subtile. L’hypothèse de base du monde n’est pas très originale : un monde parallèle où existent Loup-garous, vampires et autres créatures surnaturelles. Ces êtres se sont intégrés dans la bonne société de l’Angleterre victorienne, jusqu’à son gouvernement. Partant de là, les idées sont plutôt bien exploitées, mais ce n’est pas réellement le propos du livre, je pense. L’aspect central du livre est la relation entre l’héroïne et le prince charmant.

L’héroïne est une vielle fille bibliophile, dont le père est mort. Sa mère s’est remariée et elle vit avec deux demi sœurs qui la méprisent car elle a le teint mat et un nez prononcé. Son apparence, son caractère et son âge avancé (26 ans) font qu’elle est considérée impropre à marier et donc un cas désespéré. Le héros exclu et victime au début de l’histoire est un grand classique de la Fantasy, mais je dois dire que j’admire quelqu’un qui utilise quasiment littéralement l’ouverture de Cendrillon et calque l’héroïne aussi bien sur ses lectrices. Avec une mention pour avoir donné à l’héroïne qui adore lire le prénom d’une maladie qui rend la lecture difficile et comme nom de famille celui d’une vénitienne, écrivaine qui fut envoyée au couvent faute de dot : Arcangela Tarabotti.

Le prince charmant se doit naturellement d’être beau, fort, riche et puissant. Dans cet univers cela se traduit en un Lord loup-garou, fort musclé, écossais d’origine, et mâle α de tous les lycanthropes de Londres. Là encore, peu de subtilité dans le nom : Conall signifie loup fort et Mac Con est un roi légendaire d’Irlande qui doit son patronyme (fils de chien) au fait qu’il aurait allaité par un chien. Évidemment c’est un homme bourru et peu subtil, mais au cœur d’or.

Une grande partie du récit implique donc les soirées, diners, promenades, entrevues et autres conversations mondaines où officiellement on enquête sur le complot qui s’ourdit dans l’ombre, mais ou surtout se trame la relation. Il l’embrasse à peu près au tiers du livre, ils se marient dans l’épilogue. La scène d’action de la fin permet d’avoir des situations croustillantes, c’est à dire d’abord l’héroïne entravée (outre le corset et la tournure) et ensuite le prince charmant tout nu, vu que naturellement c’est la pleine lune. C’est l’occasion aussi pour l’héroïne d’enfin utiliser son pouvoir spécial, qui est de calmer la bête, naturellement.

Il y a bien sûr l’enquête concernant le complot sus-mentionné. Elle suit assez fidèlement le schéma d’enquête des films d’action : l’enquête piétine, tout le monde se retrouve kidnappé dans la base secrète remplie de zombulateurs et la bagarre générale permettra de trier les bons des méchants. Bon, à ce stade de l’histoire, le lecteur est de toute manière plus intéressé par les frasques amoureuses du couple que par l’enquête, qui en arrivent au point ou seul un deus ex machina majeur permet de sauver les meubles à la fin de l’histoire. Clairement, ce n’est pas l’héroïne qui peut faire progresser l’enquête : entravée par les conventions sociales, elle ne peut tuer des vampires que dans la bibliothèque avec une ombrelle, et si elle a censée avoir beaucoup (trop) lu, ses connaissances ressemblent plus à une celles d’une femme normale du XXIe siècle qu’à celle d’une intellectuelle du XIXe: elle ne sait pas le latin, et si elle est censé discuter des nouvelles sciences, cela est soigneusement fait hors du récit, ce que j’ai trouvé dommage. D’un autre côté, les descriptions de ses toilettes sont faites par le menu.

Sans Âme
Une aventure de d’Alexia Tarabotti


Traduction : Sylvie Denis
Livre de Poche
ISB : 978-2-253-13488-6

À noter que ce livre est probablement à déconseiller aux personnes ayant une âme historiquement sensible : outre, évidemment la présence de vampires et de loup-garous, la cohérence temporelle est très relative, le ciel est rempli de dirigeables, les bijoux en aluminium sont à la mode, mais personne n’a jamais vu d’ascenseur – Otis, fondateur de la compagnie éponyme est mort en 1861, les tournures étaient à la mode de 1860 à 1900. Mais bon, le Steampunk est à la mode…

Un dernier commentaire concernant l’écriture, j’ai trouvé le style assez maladroit, on devine derrière le texte français un anglais très spirituel, qui a mon avis a mal passé à la traduction, malheureusement tous les romans ne peuvent pas être traduits par .

En conclusion un roman très efficace, qui s’y j’en crois les commentaires de mes amies sur Facebook, est plutôt le haut du panier dans cette catégorie. Une lecture très intéressante si on ne connaît pas ce style de fantasy, mais si vous en avez les moyens, je vous conseillerait plutôt de le lire directement en anglais.

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Oasis des Deux Lunes – en ligne

Vue d'un observatoire médiéval avec un haut rêvant en train d'étudier.

J’ai enfin mis en ligne la version revue, corrigée, illustrée et mise en page du scénario L’Oasis des Deux Lunes. Le fichier est relativement gros (un peu moins de 80 ㎆) ce qui à l’époque du Tinkle représentait un disque dur complet. J’ai décidé de créer une page wordpress par scénario, histoire d’avoir des liens stables et simplifiera des choses comme l’inclusion dans la scénariothèque ou les liens flattr. La page contiendra les informations du scénario, et je ferrais des post courts (comme celui-ci) pour annoncer les changements et nouveautés. Il faut encore que je fasse la même chose avec les scénarios précédents.

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