Entretiens avec Tristan Lhomme

Couverture du PDF Aventures Extraordinaires & Deadlines Infernales
Entretiens avec Tristan Lhomme
Propos recueillis par Grégory Molle © 2011

Le blog d’Anniceris, qui a souvent des billets intéressants m’a fait découvrir une interview de Tristan Lhomme , plutôt longue, mais assez intéressante. Tristan Lhomme était un des rédacteurs les plus prolifiques du magasine de jeux de rôles Casus Belli, c’était aussi, le responsable de la rubrique dédiés aux fanzines, et, partant de là, son avis sur le Tinkle Bavard auquel je participait, avait une grande importance.

Au delà de la biographie d’un personnage important dans le monde du jeu de rôle des années francophone de l’époque, que j’ai trouvé un peu longue, la partie la plus intéressante pour moi est la discussion sur la fin de Casus Belli. Une remarque qui m’a frappé comme étant très pertinente :

Posons une loi : tout lecteur de tout magazine de niche finit par s’en détacher au bout de quelques années, à une vitesse qui dépend certes des efforts de la rédaction, mais aussi du parcours personnel du lecteur. Et plus son attachement à ce magazine était grand, plus son rejet sera violent.

C’est certainement quelque chose qui s’est passé pour moi, même si le rejet n’a pas été très violent. Sans parler de nécessité, comme le fait Anniceris, je pense que la fin de Casus est surtout lié à un changement de génération. En vieillissant, les joueurs de la vielle garde avaient moins de temps à consacrer au jeu, un facteur facile à ignorer par une équipe de professionnels, surtout s’ils ne jouent pas tant que ça – Tristan Lhomme admet ouvertement dans son interview qu’il ne testait pas ses scénarios avant de les publier. L’arrivée d’un nouveaux types de jeu, d’abord des jeu de rôles plus variés, puis les cartes à collectionner, et enfin les MMORPG a complètement chamboulé le marché. Comme le monde du jeu de rôle français était très centralisé, une quarantaine de personnes qui se connaissent et vivent dans la même ville, l’arrivée d’internet a aussi complètement changé la donne sur la distribution de l’information. Internet est d’ailleurs le sujet qui semble éveiller le plus d’émotions dans une interview somme toute très neutre:

Sur ce point, Internet a plutôt accéléré le mouvement – outil fédérateur, mon œil, il sert surtout à trouver des gens qui pensent pareil que vous et à s’enfermer avec eux… On est bien ici, on est tous d’accord sur l’essentiel, et surtout, surtout, n’allons pas voir les gens du site d’à côté, ce sont des méchants qui empoisonnent les puits et sacrifient des hamsters à la pleine lune.

À mon sens, internet a surtout – comme souvent – mis en lumière un phénomène qui a toujours été présent.

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Cirque bouffon

cirque bouffon

Le hasard a fait que je tombe à Palma de Majorque sur un tout petit cirque très sympathique : le cirque bouffon. Pas d’animaux et une tout petite équipe : dix personnes à tout casser.

J’ai beaucoup aimé le spectacle, d’abord la dimension humaine, vu la taille du chapiteau, on voit absolument tout, les artistes sont des humains avec des traits, des mimiques et les voir utiliser leur compétences durant l’entracte pour monter le matériel est très intéressant.
Ensuite, les numéros étaient très bon, avec certaines idées très originales, je n’ai jamais vu autant d’utilisations de contrebasse jusqu’à ce jour.
Bref un très bon moment et un spectacle que je vous conseille de voir si vous en avez l’occasion.

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Screen Capture for configuration Airprint on Synology NAS

Airprint for Brother Printer with Synology NAS

Screen Capture for configuration Airprint on Synology NAS

Airprint is a interesting protocol, that lets any iOS device connect to a printer to use it. Sadly, Mac OS X 10.6 does not contain an Airprint server so you cannot let your computer share the printer for the iOS device. If you have a Synology NAS, there is a way around this problem:

  • Make sure you have a recent version of the Synology software (this works with DSM 3.1 – 1613)
  • Connect the printer to the NAS using a USB cable
  • Log into the web interface of the NAS
  • Open the Control Panel
  • Open the External Devices item, you printer should be present in the lower pane.
  • Click on the USB Printer Manager menu
  • Check the Enable Airprint item, and select the driver model matching yours the best. In my case I have a Brother HL-4040CN printer, but that model is not present in the list, but selecting the HL-5040 works fine.

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Une langue venue d’ailleurs

Couverture du Livre « Une langue venue d'ailleurs » par Akira Mizubayashi

Lorsqu’on m’a prêté une langue venue d’ailleurs d’Akira Mizubayashi, j’ai été très intrigué : un japonais qui écrit en français sur la question de l’entre deux langues, voilà qui promettait d’être très intéressant et la préface enthousiaste de Daniel Pennac n’a fait qu’augmenter mes attentes.

La première chose qui m’a frappée, c’est que le style m’a rappelé mon professeur de français durant les deux dernières années au Collège Calvin – l’équivalent du Lycée à Genève. J’ai retrouvé le style de français, l’amour incondi­tionnel des grand auteurs, la haine de mai soixante-huit. En un sens, ce texte aura été pour moi une madeleine, mais une madeleine bien amère. Je n’aime pas ce style trop marqué, trop occupé à briller, à montrer sa maîtrise de la langue tout en évitant tout vocabulaire concret, cette manière d’écrire qui occulte les idées et la narration. Je n’aime pas l’idolâtrie qui pousse à énoncer que « après Proust il n’y a plus eu de roman français » (Dieu merci) et qui semble con­fondre une école littéraire dans un pays centralisateur avec la langue parlée par 220 millions de personnes, tout en portant aux nues des auteurs qui ont allègrement traversé les frontières de l’hexagone. Je n’ai pas d’affection particulière pour mai soixante-huit et les changements qui en ont découlé, mais cela ne veut pas dire que j’apprécie la hargne contre cet évènement, surtout quand les citations de la personne relèvent d’un état d’esprit qui ne me plait guère plus :

Il n’est pas nation plus ouverte, ni sans doute de plus mystérieuse que la française ; point de nation plus aisée à observer et à croire connaître du premier coup. On s’avise par la suite qu’il n’en est point de plus difficile à prévoir dans ses mouvements, de plus capable de reprises et de retournements inattendus. Son histoire offre un tableau de situations extrêmes, une chaîne de cimes et d’abîmes plus nombreux et plus rapprochés dans le temps que toute autre histoire n’en montre. À la lueur même de tant d’orages, la réflexion peu à peu fait apparaître une idée qui exprime assez exactement ce que l’observation vient de suggérer : on dirait que ce pays soit voué par sa nature et par sa structure à réaliser dans l’espace et dans l’histoire une sorte de figure d’équilibre, douée d’une étrange stabilité, autours de laquelle les évènements, les vicissitudes inévitables et inséparables de toute vie, les explosions intérieures, les séismes politiques extérieurs, les orages venus de dehors, le font osciller plus d’une fois par siècle depuis des siècles. La France s’élève, chancelle, tombe, se relève, se restreint, reprend de sa grandeur, se déchire, se concentre, montrant tour à tour la fierté, la résignation, l’insouciance, l’ardeur, et se distinguant entre les nations par un caractère curieusement personnel.

Ce genre d’idées furent largement responsables de mon abandon de la littérature française, mon niveau d’anglais étant suffisant, je pouvais à présent lire une langue vivante, en l’occurrence la science fiction américaine ou anglaise. Seul Danniel Pennac découvert par hasard à l’armée, me montra qu’il y a encore un espoir pour moi dans la littérature française.

À ce stade, il y a une mise en abîme intéressantes, la stérilité de la littérature nippone et de son enseignement sont les raisons qui poussent Akira Mizubayashi à apprendre le français pour en faire ce qu’il nomme sa langue paternelle. Je m’attendais donc vaguement à ce qu’une personne ayant fait le même de genre de traversée linguis­tique que moi, mais à niveau bien plus élevé, ait des choses intéressantes à dire sur le sujet, comme le suggérais le texte en kanji sur la couverture : 他言 tagon (révéler un secret). Je me trompais.

En lisant le texte, on oublie très facilement qu’Akira Mizubayashi est japonais. La majorité du texte aurait pu être écrite par un professeur de littérature française d’origine quelconque, au point que le résultat m’a irrésistiblement fait penser au Don Quichotte de Pierre Ménard. La prose est identique à celle d’un francophone écrivant de manière formelle, mais comme elle est créée par une personne de langue maternelle japonaise, elle acquiert aux yeux du critique une qualité nouvelle. Le texte est peut-être captivant si on s’intéresses au ténors de la littérature française, aux méca­nismes universi­taires français, mais pour moi, c’était plutôt ennuyeux : un mélange d’analyse littéraire peu originale, d’hymes à des célébrités inconnues et de longues citations, le tout enrobé dans l’autobiographie d’un personnage qui n’est ni sympathique, ni intéressant, ni même cohérent – à un point du livre l’auteur explique l’avantage du français sur le japonais par sa flexibilité et son caractère informel, de l’autre il décrie l’hégémonie anglophone. Le récit m’a donc paru irritant et fade, et si Mizubayashi sait indéniablement écrire, il ne sait à mon avis pas raconter :

Encouragé, je poursuivis mon petit discours : je dis surtout comment le thème du vol structurait le récit autobiographique des Confessions et que mon projet principal consistait à lire, dans les effets textuels de cette structure particulière, l’inscription du réel socioculturel qui se caractérise par le démantèlement du monde traditionnel, fondé sur l’autonomie de la domus et à montrer, par là même comment la littérature est liée à l’avènement de notre âge moderne, qui dans le clivage du public et du privé a produit l’individu isolé en le pourchassant définitivement de la clôture domestique.

Heureusement que l’auteur mentionne à un moment un iPod, cela permet de dater le texte.

La lecture est quand même devenue vaguement intéressante pour moi à la page 227, lorsque l’auteur cesse enfin de parler de la relation d’un professeur avec la littérature pour parler d’autre chose, de la relation de sa femme avec le japonais, du langage qu’il utilise avec son chien ou de sa relation avec le français tel qu’il est parlé avec les humains vivants (de l’auteur, pas du chien). Pour quelqu’un qui a tant glosé sur la symétrie des textes de Rousseau, on aurait pu espérer plus que 40 pages dans un livre de 260, mais après avoir réalisé qu’il dédie plus de pages à son chien qu’à sa femme, un tel espoir me paraît vain.

Ce qui intéressant, c’est que dans ces derniers chapitres, l’auteur admet deux choses : qu’il parle (et écrit) comme un (vieux) livre, et que le japonais brut, non maniéré de sa femme est très efficace et touchant. Malgré ces observations fort à propos, quoique tardives, il se refuse à changer son style, à parler une langue vivante, mettant ce refus d’endosser la langue vivant sur le compte de la pudeur. C’est à mon avis le piège sémantique des gens qui confondent la politesse véritable, qui consiste à mettre son interlocuteur à l’aise, et le respect strict des règles de politesse. En tant que lecteur cette pudeur n’amène que distance et ennui.

Une Langue venue d’Ailleurs
Akira Mizubashi Machi
L’un et l’autre – Gallimard
ISBN : 978-2-070-130184

J’aurais préféré que ce livre porte un titre plus en rapport avec le contenu, peut-être « De l’ascension d’un japonais dans les cercles littéraires français » ou quelque chose du même acabit. Pour ma part, je me demande encore quelles sont les idées que l’auteur voulait transmettre – mis à part qu’il faut admirer Rousseau et Mozart. Ce qui est sûr, c’est que j’ai terminé ce livre par obstination, non par plaisir. Cela m’a néanmoins permis, en fin de compte, de réaliser que je me suis trompé : ce livre n’aurait jamais pu être écrit par n’importe qui. Seul un japonais peut épouser à ce point les règles et conventions de la langue française, et écrire un texte qui reproduit avec tant de perfection la surface, l’apparence, le 建前 tatemae d’un livre français, tout en minimisant à un tel point tout contenu qui aurait pu être personnel et original, pour obtenir un livre sans centre, sans âme, sans 本音 honne . Bref ce livre a réussi l’exploit à me décevoir et m’énerver – et je n’en recommande pas la lecture.

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Incendies

Affiche du film Incendies de Denis Velleneuve

Le cinéma Riff-Raff est un endroit très sympa à Zürich, bien situé, on y passe régulièrement des films qui ne sont pas issus d’Hollywood, notamment des films en français. C’est là que j’avais déjà vu Persepolis et l’Illusioniste, hier j’ai été voir Incendies de Denis Villeneuve d’après une pièce de Wajdi Mouawad. Le film retrace la vie d’une Libanaise exilée au Québec, au travers des explorations de ses deux enfants. Le film commence avec la lecture du testament de la mère et recompose la vie de Nawal Marwan à travers une série d’épisode, chacun (sauf le dernier) portant le nom d’une des personnage. La guerre du Liban est présentée à travers ce prisme.

Incendies est un film dur, ce qui n’est pas étonnant vu les événements dont il parle – mais le rôle de la politique y est très secondaire, la vie de l’héroïne en est le centre de gravité, avec, en écho, la quête de Jeanne, sa fille pour redécouvrir cette histoire. C’est un très beau film, même s’il a quelque faiblesses. Si les rôles de Nawal (Lubna Azabal), Jeanne (Mélissa Désormeaux-Poulin), et du notaire (Rémy Girard) sont convaincants, j’ai eu plus de problème avec l’acteur qui jouait Simon, le frère de Jeanne (Maxim Gaudette), d’abord je n’ai pas trouvé le fait qu’il soit le fils de Nawal Marwan et du père mystérieux crédible, simplement pour des raisons d’apparence physique, ensuite c’est un personnage plus intérieur, qui a mon avis aurait pu être mieux joué / rendu.

Le second point faible, pour moi, est au niveau du montage. Le film est long: 130 minutes, et surtout j’ai eu l’impression qu’il est long (ce qui est plus un problème), je pense que le film aurait bénéficié d’un montage un peu plus serré, qu’on enlève certaines longueurs. J’ai adoré les plans larges des collines au Liban, et le contraste avec les sinistres immeubles au Québec était intéressant, mais je pense que faire cette juxtaposition une seule fois aurait suffit. J’ai trouvé l’idée des plans de la piscine intéressants, mais un peu brouillons. Finalement je ne suis pas entièrement convaincu par le découpage en épisodes, qui sont un peu artificiels à mon sens. Avant d’entrer dans la salle, je ne savais pas que ce film était basé sur une pièce de théâtre, mais quand cette information est apparue dans le générique de fin, je me suis dit évidemment.

Malgré tout c’est un très bon film qui porte une lumière intéressante sur un conflit qui fut pour moi le premier dont je vis des images à la télévision. Si vous avez l’occasion de le voir, ou d’acquérir le DVD, je vous le conseille chaudement.

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