Singleton reinjection

singleton reinjection (ˈsɪŋg(ə)lt(ə)n rɪɪnˈdʒɛkʃ(ə)n)
Process where all single socks are re-inserted in the laundry basket in the hope that they eventually pair up again. This process is shown to work efficiently if one only owns only one type of socks, preferably black. The efficiency of the process in the general case is disputed, although eventual converge can be proved in reductio.

L’illusionisteL’illusioniste

Image du film l'Illusionniste – Sylvain Chomet

Le cinéma-bar Riff-Raff, à Zürich est un cinéma qui projette une sélection de films alternative. C’est aussi un des endroits où l’on peut voir des films en version française originale. Ces jours, on peut y voir l’illusionniste de Sylvain Chomet. J’avais beaucoup aimé les Les triplettes de Belleville, et les films de Jacques Tati m’avaient laissé un bon souvenir, donc c’est un film qui m’intéressait.

L’illusionniste est un film que Tati n’a jamais réalisé mis en image avec le même style graphique que les triplettes. J’ai beaucoup aimé le résultat: la qualité des images s’est améliorée depuis 2003, et les vues des landes écossaises, et des villes. Les trains à vapeur et les bus à l’impériale sont magnifiques. On retrouve la même nostalgie qui imprégnait les triplettes, mais ici le point de vue est bien plus impliqué, ce qui rend le film beaucoup plus triste. Le rythme est aussi moins rapide, monté moins serré, et dans ce sens très proche des films de Tati. C’est peut-être un des points faibles du film, à trop vouloir être fidèle à l’auteur, il est un peu lent.

Le film est raconte le voyage en Écosse d’un illusionniste français à la gloire passée contraint de quitter Paris. Une jeune fille, Alice, le suit jusqu’à Édimbourg. C’est avant tout un tableau d’une époque, les années soixante, avec la disparition du Music Hall, l’arrivée du rock, de la télévision. L’incompréhension entre les générations est totale et symbolique: l’illusionniste ne parle que français, Alice parle gaélique. Le seul personnage qui traverse cette époque troublée sans soucis est un lord écossais ivre. Comme dans les triplettes, il y a très peu de dialogues, et leur compréhension n’est pas nécessaire.

En conclusion, un très beau film, très mélancolique et plutôt triste. Le rythme plutôt lent risque d’ennuyer certains.


The cinema-bar Riff-Raff in Zürich is one movie theatre that shows an interesting selection of alternative movies. It is also one of the places where you can see French films in original version. Those days, they show L’illusionniste from Sylvain Chomet. I had loved the Les triplettes de Belleville and I also had fond memories of the movies of Jacques Tati, so it was a movie I wanted to see. L’illusionniste is a movie that Tati never shot, realised using the same graphical style than in the triplettes. I really loved the views of Scottish highlands and the cities. The steam-trains and the double-decker buses are gorgeous. The same nostalgia than in the triplettes permeates the movie, but this time, the point of view is much closer, so the movie is much more sad. The rhythm is slower, the cut is looser, and so closer to Tati’s movies. This might be the weak point of the movie: it is quite slow.

The movie tells the story of a french illusionist whose glory is fading, who is forced into leaving Paris. A young woman, Alice, follows him to Edinburgh. The movie is first a painting of a certain period, the sixties. Music hall is dying, rock and televisions are appearing. The misunderstanding between generations is total and symbolic: the illusionist only speaks french, Alice speaks only gaelic. The only character that happily sails through the movie is the drunken scottish lord. Like in the triplettes there are few dialogues, and understanding them is not necessary.

In conclusion, a very beautiful movie, very melancholic and quite sad. Some people might get bored by the slow rhythm.

La fin des temps

Haruki Murakami 
 La fin des temps

Le livre La fin des temps d’Haruki Murakami avait à priori tout pour me plaire, un auteur que j’aime bien et un thème qui était fait pour me plaire, un informaticien qui part au pays des merveilles. Voici la présentation en dos de couverture.

Pour se rendre chez le vieux savant qui l’a engagé, un informaticien prend un ascenseur tellement lent qu’on ne sait pas s’il monte ou s’il descend. À l’arrivée, une jeune fille rondouillette et charmante l’accueille par un « C’est rat » pour le moins étrange. Mais cou sent le matin d’été dans un champ de melons… Bievenue au Pays des merveilles sans merci !

Ce livre souffre malheureusement d’un gros problème : la traduction, par Corinne Atlan est à mon avis très mauvaise. Je ne parle pas ici de problème de rendu en français de notion subtiles de la langue nipponne, d’approximation dans la traduction de tel ou tel terme de cuisine japonais. De fait, il y a admirablement peu de choses très japonaises dans le texte. Non, le problème c’est que le français à l’arrivée est lourd, maladroit et contient suffisamment de fautes pour qu’une personne comme moi les remarque et s’en irrite. Pour moi, le point critique a été atteint lorsque la traduction utilise l’expression « juger à l’aube de XXX ».

L’histoire est en elle même relativement lente et contemplative, elle m’a fait penser à l’animé Ailes Grises avec un petit univers étrange clôturé. Il y a beaucoup d’allusions littéraires: Les Frères Karamazov, Le Rouge & le Noir. Un auteur de littérature qui écrit en 1985 sur l’informatique et le cryptage avait probablement quelque chose d’original à l’époque, mais j’ai trouvé son approche très maladroite, ce qui fait un peu tâche avec un auteur qui manipule des idées assez complexes dans d’autres domaines. Peut-être que ses idées sur le cryptage ont, dans la version originale, une certaine beauté lyrique, si elles existaient, elles ont à mon avis été perdues à la traduction.

Haruki Murakami
Traduction Corinne Atlan
Points
ISBN : 978-2-02-051113-1

En conclusion, je pense que La fin des temps, est un potentiellement un roman intéressant, avec des réflexions intéressantes, et un univers original. À mon avis, le texte est desservi par la traduction, et je recommanderai la lecture du texte en anglais, ou s’il existe une autre traduction en français, de choisir celle-là. Personnellement, je pense que je vais éviter d’acheter d’autres traductions de Corinne Atlan.

Therme Vals Bains de Vals ヴァルス温泉

Therme Vals Wall Structure, Vals, Graubünden, Switzerland ⓒ p2cl - Creative Commons

スイスのグラウビュンデン州では温泉一つがあるヴァルスです。スイスの有名な建築家、ピーター・ズントーが建ってました。温泉の壁は全部ヴァルスの花崗岩で作りまし。露天風呂から空を見るので直島の地中美術館を思い出しました。屋内温泉四角な洞窟と似ている変な音します。良い気持ちでした。

There is only one thermal bath in the Graubünden Canton of Switzerland, in Vals. The baths were built by a famous swiss architect, Peter Zumthor. The walls of the building are all of the granite of Vals, viewing the sky from the outside bath, I was reminded of the Chichū Art Museum in the island of Naoshima. The inner baths look like square caves that produces strange sounds. It was a nice feeling.

Il y a un seul bain thermal dans le canton des Grisons, en Suisse, situé à Vals. Les bains ont été construits par un célèbre architecte suisse, Peter Zumthor. Les murs sont en granit de Vals, et en regardant le ciel depuis le bain extérieur, j’ai pensé au musée d’art Chichū, sur l’île de Naoshima. Les bains intérieurs sont comme des cavernes carrées qui produisent des sons étranges, c’était une une sensation agréable.

Code as Literature

XKCD: e to the π times i © Randall Munroe - Creative Commons Attribution-NonCommercial 2.5 License.

One of main activity of a programmer is to read code. Readable code is something that many talk about, but few achieve. The core problem is that computer code is written for two completely different readerships: on one a program, typically a parser or a compiler, on the other hand, fellow programmers. The first will do exactly what your code says, the others are generally trying to understand what you are trying to do with the code. You learn to master the first aspect of the code when you write it alone, or at school. The second part is more fuzzy, you learn it quite late, typically in projects where you have to interact with teams. While there are many theories on the way of writing clear code, they tend to be vague and contradictory, with opposing philosophies yielding different languages. In the end my definition of unclear code is similar to Oscar Wilde’s definition of vulgarity: “other women”.

One school of though in code writing is the one of elegance: code should minimal, with a minimal amount of boilerplate and specification. In essence code should be like haiku poetry or mathematical formulae. I used to like this idea and hate languages that force the programmer to write boilerplate code, but I think it suffers from a basic problem, those two forms are lousy for telling things to humans. Haiku poetry is good a communicating something very subjective, the feeling of an instant. Mathematical formulae are very good to convey mathematical truths, but lousy at explaining what they mean. Equations like eπ⁢i = -1 are very elegant, but take a long time to understand. Having a text that requires satori moments to go forward might be fine for learning complex subjects, like mathematics or philosophy, it is very inconvenient in code, and let’s face it, most of the computer code is not that subtle.

For me, good code should be readable as flow, closer to a good scientific paper: with precise terms, relatively standard structure, relevant references, and occasional equations, typically explained in a specific paragraph… In the end, all fairy tales start with the same text «Once upon a time» and nobody thinks this is boilerplate.

Aikido Seminar 
Mürren Lauterbrunnental 
Cyndy Hayashi&Roland Spitzbarth

Hayashi-sensei in Mürren

Aikido Seminar 
Mürren Lauterbrunnental 
Cyndy Hayashi & Roland Spitzbarth

I came back yesterday from my first aikidō seminar. I ended quite tired, and some muscles in my ass are still store, but it was really very nice. The level was way beyond mine, but all the people were really friendly, and I have the feeling I learn some things. The seminar was organised by Roland Spitzbarth, the guest teacher was Cyndy Hayashi from Aikidō West, in California.

The setting for this seminar was gorgeous: the Alps on the Berner Oberland. We stayed at a sport hotel in Mürren, this felt a lot like the ski camps of my childhood, a large wooden chalet, a common room with benches. After training, we went to the municipal swimming pool. I slept a lot. While the town was usually in the clouds, we sometimes had glimpses of the impressive mountains around. One Wednesday, we took the cable car up to the Schilthorn, where the view was gorgeous. While I like the idea of a rotating restaurant that lets you view the full scenery from your table, I must admit the thing made me seasick. It was fun to think I was having a drink in the bad guy’s lair in the “On Her Majesty’s Secret Service” James Bond Movie. While I stayed a lot in the Berner Oberland during my army period, I did not really go to these gorgeous places, so even though the region is very popular with tourists, I think I’ll go there again for hiking.

In conclusion, a very positive experience, and I really look forward to next year’s edition.

Accelerando

Charles Stross
Accelerando

Even if he did not really like it, after reading the review of Accelerando by Charles Stross on the blog of Alias, I was quite curious about it. I read the copy that Angel let me in three days. The book talks about many things: sentient lobsters, corporations written in Python, couple relationships and power. But the central theme is the singularity, often described in the book as the rapture of the geek. That notion appeared in many science-fiction books published in the last decade, the idea that technological progress reaches the point where new ideas are not the fruit of normal humans, but either from artificial intelligence, enhanced creatures, or a mix thereof. I must say I have my reservations on the whole singularity meme, as this often treated in a quasi-religious way by geeks, still the book looked interesting.

Malice – revenge for waking him up – sharpens Manfred’s voice. “The president of agalmic.holdings.root.184.97.AB5 is agalmic.holdings.root.184.97.201. The secretary is agalmic.holdings.root.184.D5, and the chair is agalmic.holdings.root.184.E8.FF. All the shares are owned by those companies in equal measure, and I can tell you that their regulations are written in Python. Have a nice day, now!” He thumps the bedside phone control and sits up, yawning, then pushes the do-not-disturb button before it can interrupt again. After a moment he stands up and stretches, then heads to the bathroom to brush his teeth, comb his hair, and figure out where the lawsuit originated and how a human being managed to get far enough through his web of robot companies to bug him.

Accelerando
Charles Stross
Penguin Books
ISBN : 978-0-441-01415-6

Accelerando follows the three generations of the same family, before, during and after that event. The story starts with something very close to Cyberpunk to end up with far out science-fiction. The text has its flaws, the writing is sometimes a bit sloppy, some metaphors seemed to be used verbatim in multiple places, but I must say I agree with the quote on book cover: “Accelerando is to cyberpunk what Napster was to the music industry: volatile, visionary, a bit flawed, and a lot of fun.”, the book contains many ideas, and a very dynamic style. The first part reminded me of Snow Crash, and felet like good fast cyberpunk. I was less enthusiastic for the second part: Charles Stross does not have so many original post-singularity ideas. There is an certain irony in reading a book about acceleration that feels like it slows down at the end. Charles Stress does not seem to have caliber of Walter John Williams or Iain Banks, in fact the end reminded me a lot of the last Heinlein books, the weird ones, except that in this case the cat is called aineko instead of pixel. Besides this, the book is littered with references, from Spider Jerusalem to Lisp jokes.

In conclusion, a fun book, which is very enjoyable despite its flaws. One thing worth mentioning is that the book is available for free in electronic form under a Creative Common License. Kudos to the author to live up to the ideals of his characters.

Upgrade Path

Ars technica had an interesting article on woes of the ip4 to ip6 transition. The short story is that the transition is going to be rocky at best. There will be, no doubt, a lot of finger pointing when things go bad, and there is clearly a large disconnect between the IETF, the network gear manufacturers and the network operators, and the poor sysadmins on the ground. One thing I did not realise is that ip6 at the time took ideas and notions from IPX, which after 10 years of ip4 monoculture, and simply not understood. The interesting thing is that there is another transition going on on the web at the moment, from HTML 4 to 5. The former transition is quite abrupt, with a clear break to a more elegant solution. The later is more a muddy transition that adds a lot of isolated features. Depending on your vision of computer science, you might prefer one or the other, only time will tell us how those two transition pan out. Just for fun I mapped my transition algorithm.

Upgrade Path

N•P de Banana Yoshimoto

Banana Yoshimoto
N•P
Traduit du japonais par Dominique Palmé et Kyōko Satō
Rivage Poche / Bibliothèque étrangère;
Couverture: Jean-Phillipe Delhomme

N•P de Banana Yoshimoto est un livre intriguant. Pour un informaticien NP est l’acronyme de non-poly&syh;nomial, ce qui décrit des temps d’exécutions si longs que cela rend l’algo­rithme inutili­sable en pratique. Le résumé au dos du livre m’a paru trompeur, il parle d’une malé­diction liée à la difficile traduction en japonais d’un roman écrit en anglais, et des suicides qui l’accompagnent. On s’attendrait presque à une version nipponne du Necrono­micon il n’en est rien. L’histoire est bien plus jolie, plus floue, plus délicate.

Par beaucoup d’aspect, ce petit livre m’a fait penser à un rêve, à la lecture l’histoire est prenante et les personnages bien définis, mais une fois terminée, j’ai de la peine à définir ce qui fait ce roman, si j’essaye de le synthétiser, il ne reste que les impressions d’un été japonais, et des relations ambigües, naturellement.

Il y a un certain paradoxe a lire la traduction française d’un roman japonais qui traite de la traduction en japonais d’un roman écrit en anglais par un japonais, mais le texte contient plusieurs considérations intéres­santes sur l’acte de la traduction. Je n’ai pas trouvé de problème majeur à la traduction, qui m’est parue naturelle, peut-être qu’il aurait fallu noter quelque part que le nom Sui est un syno­nyme du kanji pour l’eau »(水), peut-être que j’ai juste raté la note de bas de page. De fait, la fameuse nonante-huitième nouvelle qui sert de trame à l’histoire est probablement l’histoire elle-même. Quand au titre, sa nature est resté mysté­rieuse pour moi. Qu’on ne s’y trompe pas, si le ton et l’impression du livre sont léger comme une brise, les thèmes sous-jacents sont lourds comme un orage : inceste, suicide.

N•P
Banana Yoshimoto
Rivages Poches
ISBN : 978-2743-604-851

En conclusion un petit livre (180 pages) très agréable à lire, mais qui en même temps apporte des idées intéressantes, mais qui évoque des sujets graves.

La solitude des nombres premiers

Paolo Giordano
La solitude des nombres premiers

Une des choses qui me frappe, lorsque je lis un texte traduit de l’italien vers le français, c’est la présence de l’italien. Les deux langues sont suffisam­ment proches pour que la langue originale transparaisse à travers le français. Comme lorsque l’on passe une frontière, on peut encore voir l’autre pays, il n’est pas simplement évoqué par des noms d’endroits, de plats.

La solitude des nombres premiers, de Paolo Giordano, m’a frappé dès le départ par deux choses, cette proximité, cette candeur, et par le dureté de l’histoire sous-jacente. Le résumé à l’arrière du livre, qui commence par la phrase « Elle aime la photo, il est passionné par les mathé­matiques. » est trompeuse. Elle est factuellement correcte, mais largement hors propos. Le commentaire du nouvel obser­vateur, « Un ton rapide, désinvolte, à la fois déchirant et cynique » me semble tout autant hors sujet. Je n’ai pas trouvé le ton rapide, mais il est clairement dénué des lenteurs que semble affectionner la littérature française, il n’est pas désinvolte, mais raconte sans détours deux parcours de vie douloureux. Je n’ai pas non plus trouvé le texte cynique, simplement il est centré sur les deux protagonistes qui ne sont pas dans la normalité.

La narration suit un cours plein de surprises, en évitant la plupart des poncifs qu’on aurait pu attendre. L’absence de fin nette est naturelle, et me rappelle les romans japonais, peut-être que c’est cela qui vaut au livre l’étiquette de cynique ? S’il était prévisible que je m’attache à Mattia, qui étudie les mathématiques, j’étais tout aussi passionné par l’histoire d’Alice. Ce livre ne traite à mon avis pas d’une passion, mais de la souf­france, du manque, de la difficulté de commu­niquer et de la différence. Plus que tout autre chose c’est l’iso­lation qui unit les deux personnages principaux.

La solitude des nombres premiers
Paolo Giordano
Points
ISBN : 978-2-7578-1752-0

J’ai trouvé le style d’écriture Paolo Giordano élégant et efficace, je me suis investi dans les personnages – peut-être parce que certaines expériences de vie décrites me rappellent les miennes – et immergé dans l’histoire sans qu’il y ait besoin de grandes descriptions. On sent que l’auteur connaît le monde dans lequel évoluent les personnages. Les mathématiques sont présentes dans le livre sous formes de métaphores, sans pour autant être lourdes.

En conclusion la solitude des nombres premiers est un livre que je conseille, avec le caveat qu’il est assez dur et cru.