Lagaffe & Calligraphie

Gaston Lagaffe – Jurons de Fantasio © André Franquin

Un des plaisirs à être enfin de retour chez moi, c’est que je peux paisiblement relire mes vieilles bandes-dessinées. Comme de nombreuses personnes de ma génération, je pense avoir été plus influencé par Franquin que Hergé, qui restait pour moi l’auteur des bande dessinées chez les médecins. En relisant un Gaston Lagaffe, j’ai réalisé que là où Hergé utilisait des mots obscurs pour exprimer des jurons, Franquin avait une approche plus graphique, proche de ce qu’on appelle en anglais des grawlix. Il utilisait, entre autres, des caractères chinois. Si le cas n’est pas isolé – j’ai vu des symboles ressemblant à des hànzì pour représenter des formules magiques dans – ce que j’ai trouvé intéressant, c’est le fait que les caractères sont reconnais­sables avec des formes de traits raisonnables. Ce n’est pas suprenant : Franquin travaillait à l’origine à la plume.

Les kanjis d’aujourd’hui:
Kanji Kun ON Signification Note
もと.る
moto.ru
コン
KON
Désobéir, dispute, très, contraire. Marche 彳 et arrêter 艮
しずく
shizuku
テキ
TEKI
Couler, tomber

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De l’informatique et de la typographie du français…

Œ

Si l’époque où je faisais de la mise en page est bien lointaine, j’ai gardé une certaine affection pour le graphisme, que ce soit la mise en page ou la typographie. De ce fait, j’essaye d’écrire en utilisant une typographie vaguement correcte. Cela veut dire accentuer les majuscules, utiliser les guillemets français («») et la ligature oe (œ).

Dans ce blog, j’ai commencé à insérer une espace non-sécable (Unicode x202F) devant les signes de ponctuation. Malheureusement ce caractère n’est pas supporté par les browsers. Vu que le comportement par défaut est d’ignorer les entités html non reconnues, son utilisation reste appropriée, l’apparence deviendra plus correcte une fois que le caractère sera supporté.

L’idée qu’il ne faut pas accentuer les majuscules est une idée très répandue parmi les francophones. L’utilisation de majuscules non accentuées est techniquement tolérée lorsque les limitations techniques rendent l’accentuation impossible. Cette justification n’a plus lieu d’être au XXIe siècle, mais la limitation d’une génération est devenue la règle de la suivante.

Même si la domination anglo-saxonne en informatique explique partiellement les lacunes techniques pour la gestion du français, cette langue n’est malheureusement pas toujours défendue au mieux par ses représentants. Ainsi l’article «ISO Latin-1, norme de codage des caractères européens ? trois caractères français en sont absents ! » explique pourquoi certains caractères en usage en français ne sont pas présent dans le bloc de caractère ouest-européens:

C’est D. de Bull, qui représentait l’AFNOR au sein du GT3 en 1987… c’est au sein du GT que le travail se fait réellement. Si on attend les votes au niveau du SC, il est trop tard. Au sein du GT3, H. un francophone polyglotte a déclaré que l’œ n’était qu’une vulgaire convention typographique… Je n’étais pas là à l’époque, je suis arrivé peu de temps après l’adoption mais tous m’ont confirmé cela.
D., sans consulter aucun Français autre que les gens de sa boîte (dont j’ai su qu’ils avaient pris une décision d’équipe uniquement parce que les imprimantes de Bull ne produisaient ni œ ni Œ), ont appuyé H. …
Le Canada – alors représenté par Y. un anglophone qui n’avait pas d’autre argument à présenter que de dire que le Canada tenait au œ – a vivement protesté en disant que c’était un besoin. Mais c’était peine perdue, les deux francophones influents du GT3 affirmaient tous deux que cela n’était pas nécessaire et que la ligature pouvait à la rigueur être produite par un caractère de commande 14 de l’ISO 6429 que le GT3 venait de produire… Plus tard (1988), j’ai produit une contribution, en français et en anglais, démontrant que l’œ servait à des fins orthographiques et ne pouvait être employé au gré de la fantaisie de tout un chacun. Bien que H. ait alors affirmé publiquement que c’était la première démonstration intelligente qu’il voyait à cet effet cela n’a rien changé au fait que la norme avait déjà été publiée.

J’ai trouvé une des conclusions très intéressantes:

… finalement, on se rend compte que si l’Académie française est responsable du devenir du vocabulaire français, que si que les divers ministères et organismes chargés de la francophonie ont nommé diverses commissions pour le suivi de l’emploi du français, aucun organisme officiel n’existe, regroupant typographes, correcteurs, linguistes, etc., qui soit en charge de suivre l’évolution de la typographie francophone ; c’est sur ces mots que Louis Guéry aussi termine l’introduction de son Dictionnaire des règles typographiques.

Un des symptômes de cet état de fait est que pour les questions typographiques et de mise en page web, je ne me réfère pas à une page officielle, mais celle d’une communauté online, en ignorant une bonne partie des recommandations techniques qui sont datées ou à mon avis erronées.

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